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Homélie mercredi des Cendres – 18 février 2026

 

 « Revenez au Seigneur car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour… Le Seigneur a eu pitié de son peuple. » Ces mots du prophète Joël sont au cœur de la démarche du Carême, ils précèdent tous les efforts que nous sommes invités à vivre pendant ces quarante jours.

Voici donc quel est notre Dieu : « tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour » Ce n’est pas un Dieu dangereux qui règlerait ses comptes après nous avoir essorés au pressoir du comptage de nos fautes. C’est sans doute la première des conversions à vivre que de changer nos idées sur Dieu, car ces idées ne sont pas spontanément chrétiennes… Le Père de l’évangile de Matthieu, qui voit dans le secret, n’est pas un Dieu pervers – je vous renvoie au livre déjà ancien mais tellement suggestif du Père Maurice Bellet. Il voit les cœurs et c’est cela qui est secret entre lui et nous, il jauge des intentions, il scrute notre désir profond. Le Père est Père, c’est-à-dire puissance de vie. Il ne nous met pas au monde pour nous empêcher de vivre, il fait confiance à notre liberté éclairée, notre capacité à revenir à Lui pour nous remettre entre ses bras, comme un enfant qui ose ses premiers pas pour inventer le monde. Dans le Carême, l’Eglise nous invite à une profonde contemplation du mystère de Dieu : Dieu donné, révélé, risqué dans l’histoire de son peuple ; Dieu abaissé, humilié, crucifié en son Fils ; Dieu sans frontière, avec un cœur à taille d’océan sous le souffle de l’Esprit. C’est ainsi que nous deviendrons, par appel de Dieu, des ambassadeurs, des coopérateurs, comme l’écrit St Paul. Le psaume 50, psaume de pénitence proclame que plus grand que le mal se trouve d’abord la générosité de Dieu : « Seigneur, ouvre mes lèvres et ma bouche annoncera ta louange ! »

C’est dans cette profonde contemplation que nous entendons l’appel à conformer notre vie à l’agapè divine, à l’ajuster à ce que Dieu nous demande : « Laissez-vous réconcilier avec Dieu… afin qu’en Jésus, nous devenions justes de la justice même de Dieu ! » Autrement dit, qu’il y ait de l’espace en nous pour que Dieu puisse agir à travers nous. Les trois actes de l’évangile sont des occasions de créer cet espace en nous, par une certaine disponibilité, un manque et une ouverture à plus grand que nous. L’aumône, la prière et le jeûne ne sont pas les épreuves des jeux olympiques de l’ascétisme chrétien. Ils sont une autre forme de présence à Dieu, aux autres et à nous-mêmes, patiemment, humblement, pauvrement. Ils ne sont pas une compétition avec nos frères et sœurs musulmans qui commencent le Ramadan ces jours-ci. Ils ne sont pas la supériorité sur ceux que nous traitons facilement d’hypocrites. Ils sont peut-être plutôt le témoignage commun des chercheurs de Dieu, des pauvres de Dieu, des braves gens qui se savent fragiles mais tellement plus forts dans leur confiance en Dieu « tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d’amour. »

« Ton Père te le rendra… » C’est maintenant le moment favorable. Que la grâce reçue de Lui ne reste pas sans effet !

Bernard Vignéras

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