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Homélie dimanche 1er février 2026

Cherchez !

Une fois encore, ce grand verbe des Ecritures, qui dit la passion de scruter, de creuser, d’approfondir… C’est cette quête qui, de la Torah écrite à la Torah orale fait d’Israël un peuple sans repos devant l’inlassable recherche de ce que Dieu veut nous dire aujourd’hui encore !

Le livre de Sophonie, entendu en première lecture, nous replace devant un enjeu permanent : à qui faire confiance ? En qui mettre ses certitudes ? Faut-il regarder du côté des puissants, avec leur pouvoir politique, militaire, économique, et, comme on le dit aujourd’hui, leurs zones d’influence ? Sans doute ce que nous vivons aujourd’hui dans le monde nous demande-t-il de ne pas être trop naïfs, mais est-ce l’ultime de notre horizon de pensée, est-ce le critère véritable pour décider de ce qui doit orienter notre vie ? Le prophète Sophonie, lui, regarde les humbles du pays, les « pauvres du Seigneur » qu’on appelait les anawim, comme la vraie mesure de l’appel de Dieu. Car c’est à travers eux d’abord qu’Il guide l’histoire de son peuple. La suite des évènements montrera d’ailleurs que la force militaire sera vaincue par le puissant voisin babylonien et que la sagesse humaine ne pèse pas lourd quand elle ne rêve que d’orgueil et de domination. « Celui qui veut être fier, qu’il mette sa fierté dans le Seigneur » nous a dit St Paul. Ce n’est peut-être pas un hasard qu’il y ait tant d’appels à l’humilité dans les Ecritures… « Cherchez le Seigneur, cherchez la justice, cherchez l’humilité… » dit Sophonie. Car l’un ne va pas sans l’autre ni sans la troisième. Dieu n’est pas entre ciel et terre et on sait que celui qui dit qu’il aime Dieu sans aimer son frère est un menteur. Pas de foi au Dieu vivant sans une manière d’habiter le monde, ce qui nous appelle à une grande humilité. En écho, le prophète Michèe écrit : « on t’a fait savoir, homme, ce que ton Dieu attend de toi : rien d’autre que de pratiquer la justice, d’aimer avec tendresse et de marcher humblement en présence de ton Dieu » (Mi 6,8). Cherchez la justesse de Dieu avec humilité. Car « ce qu’il y a de fou et de faible dans le monde, c’est ce que Dieu a choisi pour couvrir de confusion ce qui est fort… » écrit St Paul.

On se souvient du Dalai Lama, voyant arriver la jeunesse d’Europe pour puiser dans la sagesse bouddhique, leur demander s’ils n’avaient jamais lu les 9 béatitudes pour trouver la vraie profondeur de leur vie sans avoir à chercher ailleurs.  Le texte des Béatitudes entendu dans l’évangile de St Matthieu est justement une manière d’habiter le monde selon le cœur de Dieu. Pour les juifs de son temps, Jésus ne dit rien d’original. Toutes ses paroles font partie d’une manière où d’une autre des commentaires de la Torah d’Israël. Mais en les prononçant sur la montagne, Jésus les met en écho avec d’autres paroles célèbres prononcées sur une autre montagne, au Sinaï et reçues par Moïse dans ce que nous appelons improprement les 10 commandements. Ce sont des devarim et non des mitsvot, des paroles et non des commandements. 9 béatitudes et 10 Paroles. Parce que la première des Paroles demeure le grand porche qui ouvre la foi d’Israël, je la rappelle : « je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Egypte, de la Maison d’esclavage. » (Ex 20,2) La foi d’Israël s’est construite sur cette expérience de libération pour que vive le peuple qui porte son Nom, et les 9 paroles comme les 9 béatitudes déploient chacune à leur manière et de façon complémentaire ce que c’est que d’habiter le monde selon le cœur de Dieu ! Je rapproche ces deux montagnes (d’une montagne à l’autre, le beau livre de Paul Beauchamp !) aussi avec une petite lecture étonnante quand on y prend garde : en Ex 20, le texte commence par « Le Seigneur parla des paroles pour dire… » étrange construction qui se prolonge dans le texte de Matthieu avant la première béatitude, je cite l’évangéliste : « Jésus, ouvrant la bouche, dit… » Des deux côtés des expressions redondantes qui invitent à être attentifs devant la proclamation d’une parole engageante. Rappelons aussi que les béatitudes ne sont pas un placebo pour dire aux pauvres que s’ils sont malheureux ici-bas, ils auront la chance d’être près de Dieu dans l’autre monde, comme on l’a dit parfois pour ne pas avoir à changer leurs conditions de vie…

J’aime qu’André Chouraqui ait traduit « heureux » par « en avant, en route ». Ce n’est pas un bonheur pépère, si vous me permettez l’expression, auquel Jésus nous appelle. C’est la quête permanente qui fait sortir de soi, qui fait risquer quelque chose de sa réputation, du choix de ses engagements. En avant les pauvres de cœur, les doux, les miséricordieux, les victimes de leurs convictions… En avant le Christ dont les béatitudes constituent comme un portrait, en avant pour sortir au-devant de notre humanité, parce que Dieu cherche l’homme et qu’en lui, il vient faire sa demeure pour qu’en Lui nous trouvions la destinée profonde de notre être. En avant les disciples du Maître, dans la folie et la faiblesse qui désarment, pour chercher la justice et l’humilité et trouver ainsi le Seigneur !

Bernard Vignéras



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