Homélie de Bruno LACHNITT, diacre, pour le troisième dimanche du temps ordinaire
- Bruno Lachnitt
- il y a 2 heures
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Il est intéressant d’entendre à la fin de cette semaine pour l’unité des chrétiens, ce passage de la première épître aux Corinthiens. Nous connaissons le danger que décrit Paul : nous sommes toujours tentés de croire que notre chapelle, notre sensibilité, notre spiritualité, notre communauté, est meilleure que les autres et de nous construire des identités qui dressent les uns contre les autres, des identités qui deviennent des idoles et finalement nous enferment, empêchent la relation et la confiance. L’antidote que Paul nous propose, c’est la Croix du Christ. Et il précise dans la suite du chapitre ce que cela signifie : « ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion les sages ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est ». Comme le rappelle le pape Léon dans l’exhortation apostolique Dilexi te, le chemin qui permet l’unité dans notre appartenance au Christ, c’est la fraternité avec les pauvres.
Dans l’évangile, marchant « le long de la mer de Galilée », Jésus voit deux frères. Il les appelle, et aussitôt, ils le suivent. Et un peu plus loin, rebelote, il en appelle deux autres, et « aussitôt, laissant la barque et leur père, ils le suivirent ». Peu de gens font cet effet là. A l’heure d’une prise de conscience douloureuse des phénomènes d’emprise et des dérives sectaires, y compris dans l’Eglise, si nous connaissions quelqu’un qui sur un simple appel puisse entraîner à tout quitter, on serait plutôt méfiant, peut-être même le dénoncerait-on ? Cela me rappelle une bande dessinée qui s’appelle « le voyage des pères », où l’auteur imagine les pères des apôtres qui se mettent en route pour ramener leurs garçons à la maison parce qu’ils sont furieux que leurs fils les aient plantés pour suivre cet illuminé de Jésus qui déplace une foule de malades et de loqueteux. Et ça nous parle de l’évangile, parce qu’ils arrivent toujours avec un métro de retard sur Jésus qu’on suit à la trace, la trace qu’il laisse chez les gens, les effets de sa parole et de sa présence. Qui est-il et qu’a-t-il donc pour produire un tel effet ? Je voudrais souligner trois points autour de cet appel.
La première chose peut-être à souligner, c’est la disponibilité de qui se met en route. L’évangéliste Jean nous raconte que les premiers disciples André et Jean étaient disciples de Jean le Baptiste, c’est-à-dire qu’ils étaient en attente de quelque chose comme Luc nous le dit de ceux qui venaient à Jean : "le peuple était en attente". Matthieu ici ne nous dit pas cela mais on peut parier que ces jeunes gens n’étaient pas trop installés pour entendre un pareil appel et se mettre en route si vite.
La parole est comme un feu, mais pour que le feu prenne, il faut que la matière soit inflammable, que le cœur ne soit pas de pierre, que tout ne soit pas inondé. Si on regarde nos vies, qu’est-ce qui est inflammable en nous ? Où le feu d’une parole qui met en route peut-il prendre ? Si tout est humide, le feu ne prend pas. Le confort est dans nos vies l’humidité qui empêche le feu de la parole de prendre en nous. Le divertissement aussi, cette fuite permanente, quand le silence et la solitude face à soi-même sont insupportables, ce besoin de tuer l’ennui. Laisser une place à l’attente, creuser en soi le désir d’autre chose que ce qui se consomme, un désir plus profond, plus grand, s’assécher assez pour que le feu prenne. Le carême où nous allons entrer bientôt n’a d’autre but. Puissions-nous ne pas passer à côté.
Le deuxième point, c’est la confiance. "C’est la confiance que les autres mettent en nous qui nous montre le chemin" (Mauriac). Le regard que Jésus pose sur les gens leur révèle ce qu’il y a de meilleur en eux, ce qu’ils sont appelés à devenir. Dieu prend un risque en misant sur nous. Pourquoi a-t-il appelé ceux-là, pourquoi choisir les douze ? Etaient-ils plus compétents, plus intelligents, plus instruits ? Rien de tout cela sans doute. Ça me rappelle la petite Bernadette de Lourdes dont les sœurs au couvent de Nevers se demandaient jalousement pourquoi la sainte Vierge avait choisi d’apparaître à cette pauvre fille plutôt qu’à elles qui étaient plus ci, plus ça, plus tout. Peut-être simplement Dieu choisit-il ceux qui ne sont pas trop pleins d’eux-mêmes. La confiance, c’est comme le feu ça va là où ça peut prendre. Et il ne faut pas être trop sûr de soi pour pouvoir accueillir la confiance d’un autre.
Le troisième point, c’est la liberté. L’appel qui nous met en route nous rend libres. La relation avec Jésus nous rend libres. Nous avons été créés libres et appelés à la liberté, pas à être les esclaves de nos envies, de nos passions. La relation vraie est celle qui libère, et la confiance libère parce qu’elle révèle en nous ce pour quoi nous sommes faits. La prétendue liberté qui consisterait à faire ce qu’on veut quand on veut, c’est celle de la feuille qui tombe de l’arbre et virevolte, ballotée par le vent. La vraie liberté consiste à devenir ce que nous sommes appelés à être en prenant appui sur la confiance d’un autre.
Alors en ce début d’année 2026 je vous souhaite d’entendre les appels lancés par ceux qui vous manifesteront leur confiance, mais aussi de savoir faire confiance à ceux qui vous rencontreront. Et au centre de cette confiance, il y a Jésus et la confiance qu’il met en nous car à travers d’autres, c’est Lui qui appelle. Puisse le feu prendre en chacune et chacun de nous. Que la fraternité éprouvée en lien avec ce qu’il y a de faible dans le monde, ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, fonde notre unité, enracinés dans la Croix du Christ. Amen !




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