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Homélie jour de Noël 2025


« Au commencement est la relation ! » Pardon de paraphraser l’introduction du prologue de St Jean, qui fait lui-même écho aux premiers versets du premier Livre de la Bible, la Genèse : « au commencement, Dieu créa le ciel et la terre ». Au commencement, la Création, le Verbe, la relation ! Au commencement, l’Alliance que Dieu veut avec notre humanité, au point de s’engager Lui-même dans l’histoire des hommes, au point d’y naître dans le petit juif de la crèche, au point d’ouvrir pour nous les portes de son Royaume d’éternité !

        La messe de la nuit nous a présenté les circonstances de l’Incarnation et celle du jour de Noël, que nous célébrons en ce moment, nous en fait entrevoir le sens profond : « le Verbe était auprès de Dieu. » le Verbe, c’est la Parole et cette parole qui se fait chair révèle à l’humanité qui est Dieu. Celui-ci a parlé par les prophètes et il le fait maintenant par son Fils. C’est à un admirable échange que nous sommes convoqués : « Fais-nous participer à la divinité de ton Fils, puisqu’il a voulu prendre notre humanité » dit l’oraison. Soit dit en passant, c’est ce que nous réalisons en versant une goutte d’eau dans le vin à l’offertoire en disant : « Comme cette eau se mêle au vin pour le sacrement de l’Alliance, puissions-nous être unis à la divinité de Celui qui a pris notre humanité. » L’Incarnation du Fils de l’homme n’a pas d’autre sens que de nous donner, à la suite de la Tradition de la foi d’Israël, d’entrer dans la relation que Dieu veut avec notre humanité, lui qui a parlé pour que l’homme lui réponde et qui ne cesse de parler pour continuer d’écrire sa Torah dans les cœurs.

        « Au commencement est la relation » Le philosophe juif Martin Buber a développé cette conviction. Pour Buber, ce n'est que dans la relation, rendue possible par la rencontre, qu'apparaît la vraie vie. « En lui était la vie et la vie était la lumière des hommes » nous dit l’évangile de Jean. Et c’est pourquoi il y a en Dieu une éternelle nouveauté. La connaissance en Dieu est littéralement une naissance, une naissance dans l’Esprit, une naissance dans la lumière, une naissance dans l’Amour et donc une inépuisable nouveauté. « Au commencement est la relation. » Ce mot est d’une magnificence inépuisable, et il se situe en plein cœur du mystère chrétien, le mystère trinitaire, a aussi écrit Maurice Zundel. En Dieu, la vie est constamment alimentée par cette communication où le Père engendre son Verbe, où le Verbe naît dans le sein du Père dans le baiser de feu du Saint-Esprit.

        Ce mystère est pour nous et pour notre salut, comme le dit le Credo de Nicée. « Pour nous et pour notre salut, il a pris chair de la Vierge Marie et s’est fait homme ». Jésus justement en nous introduisant dans le monothéisme trinitaire, nous situe immédiatement au cœur de la charité la plus brûlante et la plus généreuse, et nous savons qu’en Dieu il n’y a qu’une seule manière d’exister, c’est de se donner.

Maurice Zundel nous dit que « si Dieu existe en forme de don, si Dieu n’a de prise sur son être qu’en le communiquant, si tout en Lui éternellement est Amour, quel lien pourrait-Il contracter avec nous, que pourraient signifier Ses rapports avec la Création sinon justement une réciprocité d’amour. (…) C’est ce que fait Dieu éternellement : Il est une éternelle naissance d’amour dans une parfaite et absolue communication, et II nous introduit ainsi au secret de l’être (…) en nous apprenant que, exister au sens vrai, exister authentiquement, c’est se perdre de vue et se donner. » Dieu est Amour et rien qu’Amour : Dieu se donne et il ne peut rien faire d’autre. Il est là, au-dedans de nous, comme un appel à une existence semblable à la sienne qui est une existence de générosité, car, pour lui comme pour nous, exister au sens fort, c’est nous quitter nous-mêmes ; exister, pour nous comme pour lui, c’est devenir une relation vivante à l’autre ou aux autres, c’est faire de tout notre être un pur élan de générosité.

Dieu vient recommencer le monde à partir du creux de la nuit. Il a longtemps marché dans le cœur des prophètes et des simples gens. Il a habité leurs désirs de libération, il a entendu la misère et les cris. Il a traversé l’exil du sens et a pleuré la mort des justes. Il a privilégié la veuve, l’orphelin, l’étranger. Il s’est reconnu dans le lépreux et combien sont encore nombreuses les lèpres de notre temps. Il a estimé qu’il était temps de venir et il vient encore là où s’ouvrent les cœurs, se tendent les mains, s’abaissent ceux qui servent les petits.

Cette histoire n’est pas une fable du passé ou un conte pour endormir les enfants. Elle est devenue le pivot sur lequel tourne un monde qui espère la grandeur de l’homme, sa beauté, sa bonté. Dieu semble se taire mais il continue de parler. Cet enfant est sa Parole, son Verbe et sa présence ultime, son visage dévoilé. Il a parlé pour que les phrases des hommes ne soient pas du vent, pour que leurs engagements changent le monde à partir des plus petits, pour que toutes nos relations deviennent des chemins d’alliance.

        En se donnant tout entier dans la personne de Jésus, à Noël, nous recevons notre dignité profonde et notre identité réelle : « ils sont nés de Dieu » dit St Jean. Nés à la relation d’Alliance, nés à la Parole qui appelle à la vie, nés pour bâtir un monde fraternel qui accueille dans le visage de l’autre la présence d’un Dieu qui s’abaisse en s’incarnant dans l’enfant de la crèche.

Bernard Vignéras

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