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Homélie de Michel Durand - Vendredi Saint

Dernière mise à jour : il y a 2 jours

La résurrection n’abolit pas le poids du Vendredi saint. Et, en ce jour, 3 avril 2026, je souligne le poids, la noirceur de cette mise à mort.

Michel Durand

« C’est à cause de nos fautes qu’il a été broyé » (Is 52, 13 – 53, 12)

Ô Père, en tes mains je remets mon esprit (Psaume 30-31)

Il apprit l’obéissance et il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel (He 4, 14-16 ; 5, 7-9)

Passion de notre Seigneur Jésus Christ (Jn 18, 1 – 19, 42)

 

Jacopo Tintoretto, Crucifixion, 1564-1567, Scuola San Rocco, Venise.


Nous avons écouté le récit de la Passion. Nous nous sommes associés aux souffrances subies par le Christ. Et nous repensons à tous les actes atroces que subissent de nombreux humains sur la terre.

Je pense qu’il importe de bien voir que les actuelles guerres sont des guerres inhumaines et que nous sommes bien au milieu d’un tunnel trop long, dans le noir le plus complet. En cette situation désespérante, nous pourrions imaginer qu’il faille revenir en arrière. Erreur fatal. Dans le noir le plus complet, dans le doute absolu, la désespérance la plus complète, aller de l’avant est la seule issue.

« Seigneur Jésus, Christ, je crois. Mais augmente ma foi. »

J’observe que la situation du monde est absolument désespérante, mais je ne peux que résister et refuser d’aller en arrière. Au plus noir du plus noir de la mise en croix du Fils de Dieu, des abominations des guerres inhumaines - les flèches des guerriers étant devenus des drones.- au-delà du noir, je perçois la lumière du Ressuscité.

Émile Granger, théologien et éducateur auprès de jeunes marginaux à Saint-Etienne disait : « Je contemple cette scène de l’Évangile où Pilate fait revenir au prétoire celui qu’on lui a livré : “Ecce Homo”, “voici l’homme”, celui de tous les temps qu’on peut bafouer et qui est mis à mort, Jésus solidaire de nous tous à cette heure-là et dans les siècles. Folie pour toutes les philosophies et scandale pour toutes les religions. Dieu, du côté des sans-grandeurs, des sans-puissances, des sans-raisons, Dieu que révèle la faiblesse. Et cela non à cause d’une théorie, mais d’un cadavre pantelant ».

Le Seigneur est « serviteur/esclave, jusque dans le mode de sa mort. Et, nouveau paradoxe, c’est justement cet état d’esclavage, de sous-humanité aux yeux des citoyens de l’époque, qui le manifeste complètement humain. Ce n’est pas seulement nos idées sur Dieu qui sont bousculées, mais bien aussi nos idées sur l’humanité ». « Mes compagnons de route (de jeunes délinquants), témoigne Émile Granger, m’ont fait davantage comprendre ce visage étrange d’un Dieu qui est tellement démuni. Seule la foi peut le soutenir, mais c’est son message ». « Le Christ ressuscité ne meurt plus ».

C’est en ce sens que la résurrection n’abolit pas le poids du Vendredi saint. Et, en ce vendredi d’avril 2026, je souligne le poids, la noirceur de cette mise à mort. Elle atteste que Jésus n’était pas un imposteur : « il était bien l’Image parfaite de la divinité à l’heure où sa couronne était la dérision des épines. »

Au plus noir du vendredi saint, contemplons la résurrection. Espérons contre toute espérance.

Alors, restons un instant dans la contemplation de ce visage complètement défiguré. Regardons Le côté ouvert de Jésus, les traces de sang sur le corps. C’est l’expression ultime du « jusqu’à la fin » énoncé par l’évangéliste avant le lavement des pieds.

Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout. (Jean 13,1)

Non seulement ce corps crucifié est éteint après avoir tout donné de lui-même ; mais comme si cela ne suffisait pas, il y faut encore un coup ; un coup symbolique, puisqu’il atteint la région du cœur (Bernard Sesboué). D’un dernier geste de violence (le coup de grâce du condamné) Jean fait une ouverture sur la tendresse de Dieu. L’amour est plus fort que la haine. Fondement de l’Église.

Il en sortit du sang et de l’eau.

L’eau du baptême et le sang de l’eucharistie.

L’eau est aussi le symbole de l’Esprit que Jésus a remis dans son dernier souffle. « Ils regarderont celui qu’on a transpercé ». L’évangéliste commente la scène avec un texte de Zacharie (12,10).

« Je répandrai… un esprit de bienveillance et de supplication. Ils regarderont vers celui qu’ils on a transpercé. Ils célébreront le deuil pour lui, comme pour le fils unique. Ils le pleureront amèrement comme on pleure un premier-né " (Za 12,10).

« Ce jour-là, il y aura une fontaine ouverte purifiant le peuple » (Za 13,1).

« Les eaux vives, sorties de Jérusalem, se déverseront vers l’Orient et l’Occident, hiver comme été, autrement dit sur toute la terre pour toujours » (Za 14,8).

Ce que nous regardons, c’est l’événement du salut pour le monde entier, prophétiquement annoncé par Zacharie.

Et, bien évidemment je ne peux que penser, repenser aux actuels multiples théâtres de guerre.

P. Michel Durand

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