6ème dimanche de Pâques, Bruno L, diacre
- Bruno Lachnitt
- 10 mai
- 4 min de lecture

Nous avons lu dimanche dernier l’institution avec six autres diacres, de Philippe car, disaient les Douze, « il n’est pas normal que nous délaissions la parole de Dieu pour le service des tables ». Et à la page suivante du livre des Actes, nous retrouvons Philippe en train d’éveiller les samaritains à la Foi, de faire l’apôtre en quelque sorte, comme si l’Esprit-Saint peinait à s’inscrire dans nos cases. Mais les apôtres, ici Pierre et Jean, doivent venir imposer les mains à ceux que Philippe a baptisés pour qu’ils reçoivent l’Esprit Saint, comme vont le vivre tant de jeunes et d’adultes qui vont être confirmés au cours de ce mois de mai.
Être confirmé, n'est-ce pas, selon la parole de Pierre dans sa première lettre entendue en seconde lecture, « être toujours prêts à rendre compte de l’espérance qui est en [nous] ». Cet appel nous conduit, chacune et chacun à interroger l’espérance qui nous habite. Chacune, chacun peut tenter d’y répondre au point où il en est. Pierre nous donne cependant un élément important : l’espérance qui nous habite a quelque chose à voir avec cette affirmation : « Christ est mort pour les péchés, une fois pour toutes : lui, le juste, il est mort pour les coupables afin de vous introduire devant Dieu. ».
Comme aumônier de prison, je suis évidemment provoqué par la phrase qui précède : « Car il vaudrait mieux souffrir pour avoir fait le bien, si c’était la volonté de Dieu, plutôt que pour avoir fait le mal ». Car je rencontre à longueur de journée des hommes qui souffrent. On peut « juger » que c'est pour avoir fait le mal, du moins pas pour avoir fait le bien semble-t-il. Mais l'évangile nous invite précisément à ne pas juger. Je pense aussi à leurs familles qui souffrent sans avoir commis de délit, victimes collatérales, ou à ces bébés arrachés après quelques mois à leur mère qui a accouché en prison. Ou encore à toutes celles et ceux qui sont enfermés dans un centre de rétention dans l'attente d'une probable expulsion. Quel cortège de souffrances quotidiennes générées aussi par tout le bien que nous n'avons pas le courage de faire ? Cela ne nous autorise pas à juger dans quelle mesure quelqu’un mérite ou pas de souffrir. Et l’espérance qui est en nous ne peut faire l’économie du détour par l’autre, parce que comme le disait Jésus à Philippe dans l’évangile dimanche dernier, le visage de Dieu se révèle dans celui de l’homme qu’il était et qui nous a aimés jusqu’à l’extrême. Et nous aurons beaucoup de mal à comprendre quelle espérance c’est pour nous que le Christ soit mort pour les coupables, si nous nous croyons innocents.
Voilà donc un premier point sur lequel nous pouvons prendre appui pour avancer : nous nous savons au moins coupables de tout le bien que nous n’avons pas le courage de faire et Christ est mort pour nous. Forts de cette espérance, nous sommes appelés à en rendre compte, à en être les signes au milieu du monde.
Pour cela, et c’est le second point, Jésus nous dit que nous avons un « défenseur » : l’Esprit de vérité. Cet esprit reçu à notre confirmation, que Pierre et Jean sont envoyés invoquer sur les samaritains baptisés par Philippe.
C’est contre le mensonge que l’Esprit de vérité sera notre défenseur et il plaidera en nous la présence du Christ « si nous restons fidèles à ses commandements », si nous mettons nos pas dans les siens.
L’Esprit que le Christ ressuscité donne à ses disciples en répandant sur eux son souffle est l’Esprit qui les fait passer d’un enfermement, apeurés dans le cénacle, à l’exposition au dehors pour témoigner de leur espérance comme nous allons en faire mémoire à la Pentecôte. L’Esprit provoque notre espérance pour nous rendre présents à ceux qui sont sans espérance.
Et c’est le troisième point que je voudrais souligner : l’espérance que nous avons reçue n'est pas là pour nous rassurer, pour notre confort moral, mais pour le monde au milieu duquel nous sommes appelés à faire signe. Dans l’évangile de dimanche dernier, Jésus disait : "je suis dans le Père et le Père est en moi". Aujourd'hui, il nous dit : "vous êtes en moi et moi en vous". L'unité du Père et du Fils n'est pas fusionnelle mais ouverte sur nous dans le don de l'Esprit. Il doit en être de même de notre union au Christ. Le plus court chemin pour être unis au Christ passe par la relation à l’autre.
Enfin, si nous éprouvons que Dieu est une présence dans nos vies, nous savons qu’il peut indépendamment de nous se révéler à quiconque est disponible pour l’accueillir. Les mots peuvent aider à en prendre conscience, mais ils peuvent aussi l’empêcher. Il nous appartient de veiller à ce que notre parole soit au service de la rencontre avec le Seigneur et ne lui fasse pas obstacle. Accompagner d’autres sur le chemin de la Foi, qu’il s’agisse d’enfants, de jeunes, de catéchumènes, de fiancés, de familles en deuil, cela demande de rester à sa juste place. Accompagner, c’est être témoin et s’effacer devant Dieu. C’est faire confiance à l’Esprit-Saint, confiance en Celui qui nous précède auprès de ceux qu’on accompagne.
La promesse du Christ dans cette page d’évangile de se manifester à celui qui reçoit ses commandements et les garde, peut nous faire fantasmer sur quelque grâce mystique dont nous pourrions être bénéficiaires. Mais ne serait-ce pas précisément par le chemin de foi dont nous sommes les témoins chez d’autres, que le Seigneur se manifeste à nous, nous libérant ainsi de toute tentation de le posséder ? Dans le sillage de tous les baptisés de la nuit de Pâques, c’est peut-être ce à quoi nous invite aujourd’hui l’Esprit que nous allons fêter à la Pentecôte : nous réjouir sans jalousie de voir d’autres gratifiés de ce dont nous-mêmes sommes peut-être privés et y reconnaître la manifestation du ressuscité !




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