Homélie du samedi 29 août 2026 / ND - St Alban
Dernière mise à jour : 31 août

« Si quelqu’un veut marcher à ma suite... »
Il y a une longue tradition chrétienne, et en particulier monastique, pour expérimenter ce qu’on appelle « la suite de Jésus ». Jésus ne nous demande pas d’abord de le comprendre intellectuellement, mais de marcher avec lui, de le suivre partout où il passe. C’est donc une expérience concrète, dans laquelle on ne peut pas se payer de mots.
Mais quand on y pense, il y a des tas de gens qui suivent les stars, qui vont à leurs matchs si ce sont des sportifs ; à leurs concerts si ce sont des artistes, qui ont lu tous leurs livres si ce sont des écrivains ; et j’en passe. Cela dit une passion, et même une familiarité. Combien seraient prêts à l’impossible pour réaliser leurs rêves de rencontrer leur idole !
La suite de Jésus demande la même passion et la même familiarité ! Et sans doute aussi une certaine exclusivité. Mais par un abandon, une remise de soi qui n’ont rien d’hystérique. Car la suite de Jésus est un drôle de jeu à qui perd gagne. Il faut évidemment s’entendre sur ce qu’on perd et sur ce qu’on gagne. Dans les deux cas, c’est de la vie dont il s’agit. Perdre sa vie pour suivre Jésus, gagner sa vie en suivant Jésus ! Car suivre Jésus est associé à deux autres verbes : renoncer à soi-même et prendre sa croix.
Il ne s’agit pas de suivre un gourou qui vous précipiterait dans son délire et qui serait capable de vous manipuler jusqu’à vous conduire au suicide, comme on l’a connu dans certaines sectes. En cela Jésus n’est justement pas une idole qui capte à soi et qui vous ferait faire n’importe quoi. Il ne s’agit pas de plaire n’importe comment, selon les mots de St Paul aux Romains. Et contre certains discours qui ne font parler que de ce qui pourrait déplaire à Dieu, je préfère celui de Paul qui encourage à chercher le meilleur, la voie supérieure de la charité.
Jésus vient d’annoncer quel sera son propre chemin : « partir à Jérusalem, souffrir beaucoup de la part des anciens, des grands prêtres et des scribes, être tué et le troisième jour, ressusciter ». Il le redira deux autres fois, sans être davantage compris. Et Pierre, qui croit le protéger, se fait traiter de Satan, avec ses pensées humaines, trop humaines.
La croix, qui porte en elle la violence, le mal, la mort, la croix n’est pas désirable. La croix est un instrument de torture ignoble. Les disciples en ont sûrement entendu parler, avec l’horreur d’une asphyxie lente et épouvantable. Jésus, avec tout ce qu’il fait et tout ce qu’il dit du Royaume, Jésus qui relève et guérit, qui accueille et fait honneur aux plus fragiles qu’il rencontre sur la route, Jésus qui a rendu si proche la présence de Dieu, Jésus ne peut pas subir un tel sort ! Je comprends qu’ils aient eu du mal à comprendre.
Aujourd’hui encore, cela nous résiste… Et nous comprenons ainsi que beaucoup n’aient pas vraiment envie d’être chrétiens à notre époque, qu’on puisse même se moquer de nous, et parfois nous insulter, à l’instar du prophète Jérémie. Car la foi a un prix à payer. Celui d’une désappropriation de soi, qui peut prendre des formes bien différentes. L’an prochain, nous ferons mémoire de l’anniversaire de la mort des martyrs de Lyon, en 177 après J.-C., et ils nous rappelleront que suivre le Christ nous expose. Ce sera le fil conducteur de l’année pour le diocèse de Lyon et nous y prendrons notre part. Pour nous, il ne s’agit pas de chercher le martyre, il viendra bien tout seul si ça doit être le cas. Mais cette désappropriation de nous-mêmes doit nous bousculer et déplacer nos vies un peu pépères parfois.
Avec l’équipe pastorale et avec le Père Césare, nous allons vous proposer de bouger un peu, cette année, à Saint-Alban, parallèlement à d’autres propositions qui concerneront plutôt Saint-Maurice. Je ne détaille pas trop, mais nous allons travailler dès que possible avec la petite équipe qui réfléchissait déjà l’animation de notre clocher, petite équipe qui pourrait s’étoffer encore et sans doute se rajeunir un peu. Le charisme de nos fondateurs de paroisse et la sensibilité du christianisme social si grande à Lyon et dans nos quartiers doivent sans cesse se renouveler et se fortifier. Ils doivent trouver leurs forces dans l’écoute de la Parole de Dieu et la prière commune, sous peine de ne devenir qu’idéologies ou vœux pieux. J’ai entendu chez un certain nombre d’entre vous le désir réel et profond de suivre vraiment le Christ et cela m’émerveille. Permettez que, dans mon rôle d’administrateur paroissial, je continue de vous stimuler et de chercher avec vous ce que le Seigneur attend de nous ! Pour garder les originalités qui nous caractérisent et pour en vivre peut-être d’autres encore, que devons-nous faire ? La fidélité à l’Évangile n’est pas reproduction du passé, ni répétition des anciennes recettes.
Quelques questions toujours nouvelles : Qui habite nos quartiers ? Quels sont les réseaux qui les animent ? Quelles associations ou groupes significatifs portent quels soucis locaux ? Que devient le monde de la santé dont les réalités diverses sont si manifestes autour de nous ? Quelle est la réalité étudiante ? Quels liens avec d’autres chemins religieux, je pense à la mosquée et à l’église évangélique ? Qui est en précarité autour de nous, et sous quelles formes ? De quoi les gens ont besoin ? Quelles sont leurs attentes spirituelles ? Que pouvons-nous proposer, selon nos forces actuelles ? Et de quelles nouvelles forces aurions-nous besoin pour de vrais renouvellements ? Comment notre église est-elle un signe dans le quartier ? Que donne-t-elle à voir ? Que devons-nous faire autrement ? Tout cela va nous obliger à rencontrer, à écouter, à discerner, à débattre…
Voulez-vous suivre le Christ, et proposer à d’autres de le suivre aussi ?
Bernard Vignéras





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