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Homélie de Bernard Vignéras - 15 août 2026

L'Annonciation - Léonard de Vinci

Quatre femmes sont honorées par les lectures de ce jour. Deux sont connues, Elisabeth et Marie. Elisabeth, femme âgée et stérile, et Marie, fille d’Israël, qui risque le ‘oui’ de toute une vie. Une troisième est inconnue, la reine parée d’or dont parle le psaume 44, qui peut être comprise, au même titre que la vigne, comme une allégorie du Peuple d’Israël. La dernière est cette femme enceinte dans le livre de l’Apocalypse.

        Qui est cette femme ? Sion ? Le peuple saint des temps messianiques ? de l’Eglise ? De la Vierge Marie engendrant le Messie ? Le texte permet d’identifier l’une ou l’autre, mais Marie permet d’unifier les différents rôles. Ce texte s’apparente fort au récit du Calvaire de Jn 19 : elle est appelée « femme » avec insistance ; elle devient la mère du disciple que Jésus aimait et qui symbolise les croyants ; cette maternité nouvelle est liée aux douleurs de la Croix, chez St Jean. On peut aussi lire un lien midrashique avec Eve, aux prises avec le serpent (Gn 3, 14-15), toujours en guerre avec « la femme et sa descendance ». Marie, femme de tendresse qui n’ignore pas que le mal fait partout son œuvre…

Chez Jean le thème johannique de la femme est lié à l’histoire du salut, et l’évangéliste nous dit que la mère de Jésus à un rôle à jouer dans cette économie. S’élevant au-dessus de la stricte dimension historique, la femme de Cana, au début de l’évangile de Jean, est rattachée à celle de l’Apocalypse, et par celle-ci, à la femme originelle de Gn 3. Marie, c’est la fille de Sion, fille du Peuple de l’attente messianique, et la mère de l’Eglise, qui en est le prolongement, la mère du disciple, la mère de tous les croyants.

Quatre femmes dessinent donc un chemin d’humanisation, d’Eve à Marie, du peuple en attente à l’Eglise. Et Dieu divinise ce que l’homme humanise, comme aimait le dire François Varillon.

Après Jean, écoutons Luc.

Saint Luc nous montre une toute jeune fille d’Israël, à peine enceinte – c’est le premier récit après l’apparition de l’ange Gabriel -, courir par les monts de Judée pour venir saluer sa vieille cousine, elle-même enceinte dans son âge avancé. Il est facile de reconnaître dans ce récit de Luc toute l’imagerie du transport de l’Arche d’Alliance décrite au chapitre 6 du 2ème Livre de Samuel. Marie est la nouvelle Arche d’Alliance, où réside le Seigneur des Seigneurs ; et, tout comme la première Arche avait été transportée à travers les montagnes de Juda jusqu’à la maison de Obed-edom de Gath, où elle avait été une source de bénédictions, de même Marie traverse à la course les montagnes de Juda, portant en elle le Fils de Dieu et apporte joies et grâces à la maison d’Élizabeth, sa cousine. Et les mouvements de joie de Jean-Baptiste dans le sein de sa mère reproduisent la danse de David devant l’Arche.

A la gravité de l’histoire du salut, c’est la fraîcheur de la présence de Marie qui nous conduit à la figure féminine de la miséricorde. Cette figure de la miséricorde, c’est la voix des entrailles, la voix qui jaillit du dedans d’Elisabeth et la voix qui proclame la victoire finale des petits, des faibles et des opprimés. Mais attention ! Il ne s’agit pas dans ce Magnificat de la victoire d’une violence sur une autre violence, mais de de la victoire de l’amour de Dieu sur la violence des hommes. Son amour s’étend d’âge en âge. Un amour maternel, auquel le Nouveau Testament donne souvent le nom de miséricorde, traduisant une racine araméenne qui désigne le sein maternel. Depuis ce chant de Marie, nous savons de façon très claire de quel côté est Dieu chaque fois que des humains, ses fils et ses filles, sont victimes de la violence.  Nous le savons mais nous ne savons pas toujours quoi en faire, ni comment le vivre.

La fête de l’Assomption, que j’aime appeler la Pâque d’été, nous place devant l’ultime qui jauge les cœurs et défait la puissance de la mort. Par son oui, Marie continue de nous donner son Fils, le premier ressuscité, Lui qui nous donnera la vie.

Heureux celles et ceux qui croiront à l’accomplissement des paroles dites de la part du Seigneur !

« Ecoute ma fille et tends l’oreille… »

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