Homélie de Bernard Vignéras - 12 juillet 2026
- F. Roche - Administrateur site

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Le Semeur - Jean-François Millet (1850). Source : Wikipédia
La terre gémit… Il ne s’agit pas de justifier je ne sais quelle posture à partir des Écritures, lesquelles donneraient raison à tel ou tel type de prophète. Mais la terre gémit… Et nous ne pouvons pas ne pas nous interroger sur notre responsabilité quant à ce gémissement. Le Pape François nous a grandement alerté, comme le fait aussi son successeur Léon 14, à partir de l’usage de l’intelligence artificielle. En effet, ce qui est en cause, c’est une manière parfois débridée et inconsciente d’habiter la planète comme des prédateurs jamais rassasiés.
Les lectures d’aujourd’hui visent le cœur de l’homme et les images terrestres sont comme une parabole de ce qui peut nous advenir si nous n’en faisons qu’à notre tête. Que devient la terre quand elle est arrosée et détrempée des eaux du ciel : elle permet que le sol respire, qu’il soit plus souple, qu’il devienne fécond d’une capacité ou d’une autre, dont les récoltes sont l’accomplissement d’une promesse. Que devient le cœur quand il accueille la parole, quand il trouve une nouvelle jeunesse de confiance et de don de soi, quand la parole reçue devient parole offerte, quand elle enfante le pain de la fraternité et de l’espérance ?
Cela demande une confiance initiale, celle du Père qui croit en la puissance de sa Parole. C’est lui qui jette le grain à temps et contre temps, dans les ronces comme sur les cailloux et dans la terre peu profonde de nos insouciances. Ce Père du Ciel est un gaspilleur céleste qui ne compte pas. Commençons par le regarder, Lui, dans sa générosité sans fin, avant de calculer en nous-mêmes quelle sorte de terreau nous sommes. Dé coïncidons d’avec l’idée d’un Dieu un peu pingre qui nous surveille du coin de l’œil… La parabole du semeur, racontée dans les 3 évangiles synoptiques, raconte le quotidien du sage qui sait à la fois l’effort de la culture et la patience de la croissance des plantes.
Avant d’aller plus loin, n’oublions pas cette particularité liée à Matthieu et à Marc : Jésus enseigne une foule nombreuse, alors qu’il est assis lui-même dans une barque, sur le lac de Galilée. On ne sème pas le blé dans l’eau… le riz, peut-être. Ce détail fait partie de ces petites surprises qu’on découvre quand on lit attentivement le texte. Je crois qu’elles veulent nous rendre vigilants à ne pas nous habituer, et dans le cas présent à nous étonner. En apparences, ce n’est pas possible, le blé ne pousse pas dans l’eau. Peut-être cette nouvelle décoïncidence nous rappelle-t-elle que ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu, qu’une seule poignée de grains suffit à renverser les petits calculs trop bien ficelés, les habitudes enracinées, les évidences jamais interrogées.
La Parole de Dieu vient, comme une douce rosée, toucher la terre assoiffée de nos cœurs, pour rencontrer le grain silencieux qui sommeille en nous. Entrons dans cette confiance que, par pure grâce, le Seigneur suscite notre liberté profonde de lui répondre. La Parole est toujours en travail, elle cherche nos terres fertiles, pour nous apprendre à notre tour à semer la confiance dans le cœur de nos contemporains. Car le Semeur est sorti pour que nous sortions à sa suite, ambitieux de sa seule volonté de voir grandir le fruit de la paix et de l’accomplissement des talents reçus, pour que nous soyons avec lui généreux de faire réussir les autres.
La lettre de Paul aux Romains nous rappelle que le projet de Dieu a une dimension cosmique, que la résurrection qu’il nous offre nous conduira jusqu’à recevoir une terre nouvelle et des cieux nouveaux, ce qui est bien plus large que notre petit salut individuel. En cela il nous rend responsable de bâtir dès ici-bas la justice entre les hommes et le respect de la Création.
On le sait, le contenu de la foi n’est pas un objet à saisir, mais un élan dans lequel entrer. L’annonce de la foi, la suite du Christ, n’est pas un vide à remplir, mais une source à déblayer, une vie à exposer, un espace pour laisser résonner la parole que Dieu nous adresse. Peut-être que ce temps d’été pourrait être cet espace dans lequel vous vous désencombrez de vous-même pour offrir à Dieu la liberté de vous parler comme il l’entend. Laissez-lui l’initiative ! Laissez le Christ jeter le grain de sa parole dans vos cailloux, vos ronces, vos médiocrités, comme dans vos talents, vos richesses de cœur, la bonne terre de votre cœur ! Et sa Parole sera source d’un monde nouveau qui grandira par nos mains !




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