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Homélie de Bernard Vignéras - 6 septembre 2026

8 sept.
3 min de lecture

Peinture de la Maestà, de Duccio, 1308-1311.


« Lorsque deux sont assis ensemble et s’occupent des paroles de la Torah, la Shekinah (c’est-à-dire la présence de Dieu) est au milieu d’eux. » (Avot 3,2). Cette sentence est extraite des « Maximes des Pères », Pirkei Avot, qui sont des conseils de vie et des réflexions sur les comportements. Ils tendent à améliorer les caractères, à dépasser colère, égoïsme et mauvais désirs. Ils donnent des règles de savoir-vivre et appellent au respect d’autrui. On lit ces maximes le jour du shabbat, dans l’après-midi, notamment entre Pessah et Shavouot, en famille, pour apprendre ensemble des règles de bonne conduite, dont on sait qu’elles se transmettent d’abord par l’exemple, non comme une morale mais comme un art de vivre.


« Lorsque deux sont assis ensemble et s’occupent des paroles de la Torah, la présence de Dieu est au milieu d’eux. » C’est dans ce cadre-là qu’il faut entendre le discours de Matthieu sur la correction fraternelle, avec la progression qui la caractérise : d’abord seul à seul, puis avec quelques frères et sœurs et enfin, avec la communauté si on n’est pas parvenu à un résultat auparavant. Car ce n’est pas un petit arrangement pour gérer un problème, mais c’est une question de foi. « Je suis venu pour qu’aucun ne se perde » dit Jésus. C’est la présence de Dieu qui demande dans un même mouvement de chercher la réconciliation, ou la correction d’une conduite, d’une part, et de ne pas désespérer de la possibilité de la personne de se transformer. La lettre de Paul aux Romains éclaire cette démarche. « N’ayez de dette envers personne » incite à ne pas commettre de mal ; « sauf celle de l’amour mutuel » est un appel à une fraternité qui trouve sa source et son accomplissement en Dieu. Car « le plein aboutissement de la loi, c’est l’amour » dit Paul. Il faut se rappeler que la traduction du mot « Torah » par Nomos en grec, devenu « loi » en français, est plutôt inexacte. Dans la racine de « Torah », il y a l’idée de donner une direction, d’ouvrir un avenir. On retrouve la racine dans le mot « moreh », l’enseignant, dont la responsabilité est de conduire ses élèves vers une autonomie grâce à un savoir et une pratique. Vers quoi conduit donc la Torah, sinon vers l’amour, amour qui n’est pas un sentiment mais un engagement, une manière de vivre et d’habiter notre monde.


On comprend le lien entre la parole de Jésus et les Maximes des Pères. Comme je l’ai déjà dit, ce n’est pas une petite morale de bienséance. Jésus dit ailleurs qu’à l’amour que nous aurons les uns pour les autres, on nous reconnaîtra pour ses disciples. Si on prend le contre-pied de cette formule, on entend que les divisions entre chrétiens sont un contre-témoignage !


Déjà dans la Première Alliance, on avait compris que le fin mot de la Loi donnée par Dieu, c’est d’aimer nos frères. Pour le dire autrement, on avait compris qu’il ne suffit pas de dire : je n’ai pas tué, pas volé, pas commis l’adultère… on savait bien qu’il faut encore aller plus loin. Les commandements se résument dans cette parole : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » On traduit parfois : « Tu aimeras vers ton prochain » pour dire le mouvement qui choisit la proximité. Cela veut bien dire que pour être en règle avec la Loi de Moïse, il ne suffisait pas de ne pas faire de mal, il fallait surtout aimer. Cela exige une conversion profonde, on le sait bien. Au jeune homme riche, Jésus a répondu de garder les commandements pour avoir la vie éternelle. Là-dessus, le jeune homme était parfaitement en règle ; alors Jésus l’avait appelé à aller plus loin et à le suivre au service des hommes : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres… puis viens, suis-moi. » (Mt 19,16-22) Peut-être devait-il d’abord vendre son orgueil, sa réputation, ses savoirs sur toutes choses. La décision de suivre le Christ peut nous mener très loin, à commencer par notre manière d’être ensemble, de nous écouter, de veiller les uns sur les autres, en particulier sur les plus fragiles ! Comme nous avons besoin d’apprendre et réapprendre l’art d’être en relation…  


« Lorsque deux sont assis ensemble et s’occupent des paroles de la Torah, la présence de Dieu est au milieu d’eux. » « Quand deux ou trois sont réunis en mon Nom, je suis là, au milieu d’eux » dit Jésus. Puissent nos rassemblements, nos groupes et mouvements dire la présence du Seigneur. C’est de cela que nous devons être les veilleurs, pour chercher ensemble une lumière qui fait vivre !

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