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Homélie de Bernard Vignéras - 26 juillet 2026

La Parabole du trésor caché - Domenico Fetti (v. 1618-1620). Source : Mondadori Portfolio / Getty Images


Vendredi, lors de la messe à l’hôpital St Joseph St Luc, j’ai proposé un partage sur les lectures que nous venons d’entendre. La première réaction a été une rébellion contre la fournaise dans laquelle seront jetés les méchants. Si Dieu est bon et miséricordieux, comment peut-il accepter que certains soient perdus pour toujours ? ça commençait bien ! Et puis, on est parti sur le trésor caché et plusieurs ont proposé des solutions pour dire ce que devait être ce trésor. Quelqu’un a fait le lien avec la sagesse de Salomon, et on a complété en rappelant que le roi d’Israël était, au nom de Dieu, le premier responsable du Peuple de Dieu, ce Peuple qui est le vrai trésor, la prunelle des yeux de Dieu. On a donc relu et réentendu que la demande de ce sacré Salomon qui pourrait passer pour un saint si on n’écoute que ce passage, sa demande de sagesse est reprise par Dieu comme l’art d’être attentif pour bien gouverner. Je parle d’un sacré Salomon car si vous revenez au Livre des Rois, vous verrez qu’il a joyeusement massacré les 3 autres prétendants à la succession du roi David. Dieu a de l’humour quand il dit que Salomon n’a pas demandé la mort de ses ennemis, mais Salomon s’en était déjà chargé !

Revenons au texte de l’évangile : 4 paraboles pour parler du Royaume de Dieu, proches et différentes. On est habitué aux paraboles de croissance, avec le blé qui grandit, la petite semence qui devient le plus grand des arbres. Mais là c’est différent. 2 paraboles comparent le Royaume à une personne, un négociant et un maître de maison, les deux autres l’associant à un trésor et à un filet. Autrement dit, on a des comparaisons mais la réalité nous échappe car elle est multiple. On ne peut pas mettre la main sur le Royaume de Dieu ! Et aucun humain ne peut prétendre savoir qui est dedans ou qui ne l’est pas, c’est plutôt rassurant car ça évite de nous prendre pour Dieu !

Regardons d’un peu plus près la parabole de la perle précieuse, propre à l’évangile de Matthieu comme d’ailleurs toute la page d’évangile entendue aujourd’hui. Cette parabole ne contient que trois verbes, qui représentent trois « moments » :

« Il a trouvé une perle de grand prix » / « Il est allé vendre tout ce qu’il avait » / « Il a acheté la perle. »

Ces trois moments sont symboliques de trois dimensions temporelles différentes qui désignent le Royaume.

1) « Trouver la perle », c’est rencontrer, c’est éprouver l’instant comme un don inattendu, comme un surgissement qui nous est donné et qui n’était pas prévu.

2) Le deuxième moment est celui du retournement : « il vend tout ce qu’il a » : soudain, ce qui avait la valeur suprême paraît relatif, secondaire, sans valeur par rapport à l’unique nécessaire.

3) Le troisième moment, « acheter la perle », est celui de l’engagement dans l’action. Il prolonge le retournement en efficacité, en pouvoir de changer les choses. Quand ce troisième moment est développé dans son aspect social, il engendre une série de rebondissements.

Ainsi une petite parabole comme la parabole de la perle tient en germe, dans son schéma ternaire, tout le monde des paraboles. Le temps nouveau (le Royaume) y est figuré sous ses trois moments :

un événement soudain / un renversement de toute l’expérience passée / un engagement dans un nouveau futur d’action et d’histoire avec les hommes.

On comprend là que Jésus ne raconte pas des petites histoires gentillettes ! Et que quiconque veut entrer dans cette histoire ne peut pas en sortir indemne… Quand on écoute bien, on repère ce cheminement dans la vie de nos catéchumènes. C’est un itinéraire qui demande d’être accompagné pour chacun de nous, pour arriver à un nouvel engagement qui, comme le dit la dernière des paraboles du jour, demande de tirer du trésor le neuf et l’ancien qui caractérise le disciple du Royaume.

St Paul en est un admirable exemple. Saisi par le Christ sur la route de Damas, il tient pour rien toute l’énergie qu’il avait pu d’abord déployer pour être un juif zélé amoureux de son Dieu, et devenir alors le prédicateur missionnaire que l’on connaît, capable de traverser la Torah d’Israël pour y lire l’accomplissement réalisé dans le Christ. De l’ancien, c’est-à-dire la promesse toujours actuelle de l’Alliance, au nouveau, dans la personne du Fils de l’Homme, pour le Peuple de Dieu qui est l’unique trésor véritable du Père. « Ceux qu’il avait destinés d’avance, il les a aussi appelés ; ceux qu’il a appelés, il en a fait des justes ; et ceux qu’il a rendus justes, il leur a donné sa gloire ».

Quand il était temps de terminer notre partage, vendredi dernier à la chapelle de l’hôpital, quelqu’un a rajouté : « tous ces gens qui sont là, dans les étages de l’hôpital, ils ont aussi une perle dans le cœur et Dieu la connaît, Dieu la cherche ».

Sur la route des paraboles du Royaume, resterons-nous des chercheurs du trésor qu’est Dieu lui-même ?

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