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Homélie de Bernard Vignéras - 4 octobre 2026

il y a 7 jours
4 min de lecture
La Vigne du Seigneur, 1569 (détail), Lucas Cranach le jeune
La Vigne du Seigneur, 1569 (détail), Lucas Cranach le jeune

Frères et sœurs,


Pour une messe de rentrée, cette histoire de vigne tombe plutôt bien !

Une vigne, cela demande du travail. Il faut la planter, la tailler, l’entretenir, la protéger. Et surtout, il faut accepter de ne pas voir immédiatement le fruit de ce que l’on fait. Depuis un an, j’apprends, pour ma part, à découvrir cette vigne avec vous. Peut-être que je vous aide parfois à la regarder autrement…

Mais dans les lectures que nous venons d’entendre, il y a quelque chose de plus profond encore : la vigne n’est pas à nous.


Dans le livre d’Isaïe, Dieu dit : « La vigne du Seigneur de l’univers, c’est la maison d’Israël. » Dieu a planté cette vigne, il l’a entourée de soins, il l’a aimée. Et ce qu’il attend d’elle, ce sont des fruits : le droit, la justice.


Cela nous rappelle une chose essentielle pour commencer cette nouvelle année paroissiale : l’Église existe au-delà de nous. La paroisse n’est pas notre propriété. La paroisse ne se réduit ni aux pratiquants déjà là ni à la messe dominicale.

Nous pouvons y être très engagés, nous pouvons y consacrer du temps, y prendre des responsabilités, y avoir nos habitudes, nos projets, nos idées… mais la vigne appartient au Seigneur.

Et c’est une bonne nouvelle !


Parce que cela veut dire que nous n’avons pas à porter seuls le poids de la paroisse. Nous n’avons pas à être ceux qui sauvent l’Église. C’est Dieu qui fait grandir sa vigne.

Mais cela ne veut pas dire que nous n’avons rien à faire !

La parabole de Jésus nous parle précisément de vignerons auxquels une vigne a été confiée. Et la question qui traverse toute cette parabole est celle-ci : qu’allons-nous faire de ce qui nous est confié ?


C’est une question très concrète pour notre paroisse en cette rentrée.

Qu’allons-nous faire de ce que nous avons reçu ?

De nos enfants et de nos jeunes ? De leurs familles ?

De ceux qui arrivent dans la paroisse et que nous ne connaissons pas encore ?De ceux qui sont là depuis longtemps ?

De ceux qui sont fatigués, isolés, âgés, blessés par la vie ou peut-être aussi par l’Église ?

De notre catéchèse, de notre liturgie, de nos catéchumènes, de notre accueil, de nos actions de solidarité ?

De notre présence à la vie des quartiers, et des défis de notre société, notamment en cette année électorale ?


De toutes ces petites tâches, parfois très visibles, parfois complètement cachées, qui permettent simplement à une communauté chrétienne de vivre ?

La réponse chrétienne n’est pas : « Il faut que chacun en fasse davantage. »

Les réponses sont plutôt : quel fruit le Seigneur attend-il de nous ? Quelle est la vocation que je dois accomplir ?

Et saint Paul nous donne aujourd’hui quelques repères très simples : « tout ce qui est vrai et noble, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d’être aimé et honoré » … puis il ajoute : « mettez cela en pratique ».

Voilà peut-être notre feuille de route pour cette rentrée.


Faire vivre une paroisse, ce n’est pas d’abord remplir des cases dans un planning ou trouver des bénévoles pour que tout fonctionne.

C’est chercher ensemble comment faire porter du fruit à cette vigne que Dieu nous confie.

Et surtout, nous ne faisons pas cela seuls.


Parce qu’au cœur de cette parabole, il y a quelqu’un que nous ne devons surtout pas perdre de vue : le fils envoyé par le maître de la vigne.

Jésus termine en parlant de cette pierre rejetée par les bâtisseurs qui devient « la pierre d’angle ».

Autrement dit : le Christ est au centre.


Il n’est pas simplement celui dont nous parlons dans nos activités paroissiales. Il n’est pas une activité parmi d’autres, même la plus importante. Il est celui sur lequel tout repose.

Nous pouvons avoir une très belle paroisse, beaucoup de projets, beaucoup d’engagements, beaucoup de réunions… et pourtant perdre de vue celui pour qui tout cela existe.


À l’inverse, une paroisse peut être fragile, manquer de moyens, connaître des difficultés, et pourtant être profondément vivante si le Christ y est réellement au centre.

Alors, en cette rentrée, je voudrais nous inviter à deux choses.

D’abord, recevons avec gratitude ce qui nous est donné. Ne regardons pas seulement ce qui manque. Regardons aussi tout ce que Dieu fait déjà pousser parmi nous.

Et puis, osons porter le fruit du service et de la prière, à l’école d’un Père Chevrier, à l’écoute du témoignage des martyrs de Lyon.


Chacun selon ses possibilités, selon son temps, selon ses talents, selon ce qui lui tient à cœur. Il y a mille manières de faire vivre une communauté chrétienne. Certaines sont très visibles ; d’autres ne le seront jamais.

Mais toutes peuvent porter du fruit.


Et peut-être que certains d’entre nous sont justement appelés cette année à faire un pas de plus : proposer leur aide, rejoindre une équipe, accompagner des jeunes, accueillir, visiter, servir, préparer, prier, donner un peu de leur temps.

Non pas pour “faire tourner la paroisse”.

Mais pour que, par notre présence et notre engagement, quelque chose du Christ puisse être donné à ceux qui nous sont confiés.


Et c’est finalement ce que nous pouvons demander au Seigneur au début de cette année pastorale : non pas que notre paroisse soit parfaite, ni même qu’elle réussisse tous ses projets, mais qu’elle soit une vigne où puissent grandir des fruits de justice, de fraternité, de paix et d’espérance. Et que cette vigne ne soit pas refermée sur elle-même, pour qu’elle soit attentive aux signes et aux appels que lui souffle l’Esprit Saint.

Que tout ce que nous allons entreprendre cette année demeure attaché à cette pierre d’angle : Jésus Christ.


Alors nous pourrons entendre la promesse de saint Paul comme une véritable parole de rentrée :

« La paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu’on peut concevoir, gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus. »


Amen.

 

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