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Homélie du quatrième dimanche de l'Avent de Bruno Lachnitt, diacre


Dans la première lecture, le roi Acaz, répond à Isaïe qui l’invite à demander pour lui un signe au Seigneur son Dieu : « je ne mettrai pas le Seigneur à l’épreuve ». Mais Acaz, roi de Juda, a fait bien pire que cela. Le livre des chroniques dit qu’ « il fit ce qui déplait au Seigneur » et même qu’il immola son propre fils à d’autres dieux. Son refus de demander un signe manifeste surtout que ce n’est pas en Dieu qu’il a mis sa confiance mais dans des alliances douteuses qui ne lui réussiront pas. D’où la réponse d’Isaïe : « Il ne vous suffit pas de fatiguer les hommes, il faut encore que vous fatiguiez mon Dieu ! » Le signe donné : la venue d’un enfant, manifeste la vanité des petits calculs qu’il a imaginés au lieu d’avoir confiance en Dieu.

Joseph, lui, n’a pas demandé de signe, mais il en a un devant lui, le même que celui annoncé par Isaïe à Acaz, et il ne sait comment l’interpréter. Il est embarrassé. Il faut comprendre ! Si on croit l’évangéliste Luc, sitôt après la visite de l’ange Gabriel, que la liturgie nous a fait entendre hier, Marie partit en hâte chez sa cousine Elisabeth et y demeura environ trois mois. De Joseph il n’est point question alors, et elle revient enceinte de trois mois environ… Quoi qu’il en soit de l’interprétation de Joseph, le fait de projeter de la répudier secrètement manifeste que sa priorité est de ne pas porter préjudice à celle qu’il aime. C’est en cela qu’il est un homme juste, pas seulement au sens du stricte respect de la Loi. Il projette de se retirer discrètement, sans comprendre. Or cette visite en songe lui révèle que l’événement fait signe autrement et lui ouvre une issue improbable : « Ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse : l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit-Saint ». Mais un songe, ce n’est pas l’apparition qu’a eue Zacharie dans le temple. Un songe, on le prend au sérieux, ou pas, on y croit ou on n’y croit pas. Sans doute le cœur de Joseph ne demandait-il que cela de découvrir comment cette grossesse pouvait faire signe précisément.

« L’enfant qui est engendré en elle », signe que l’incarnation que nous nous préparons à fêter avec la naissance, est déjà réalisée, mystérieusement, quelque part entre l’annonce faite à Marie et cette annonciation à Joseph, quelque part entre deux visites d’un envoyé, …

Entre ces deux lectures, l’épître de Paul remet tout cela en perspective du seul signe par excellence en regard duquel tous les autres trouvent sens : « Il a été établi dans sa puissance de Fils de Dieu par sa résurrection d’entre les morts ». Et il a fallu du temps à l’Eglise primitive pour penser l’inscription dans la chair d’un Dieu qui se fait proche. C’est la compréhension de l’événement de la Résurrection qui conduira progressivement l’église naissante à penser l’Incarnation.

Nous pouvons être surpris de lire dans l’évangile que l’ange dit à Joseph « tu lui donneras le nom de Jésus (ce qui signifie « le Seigneur sauve ») et que l’évangéliste conclue que tout cela est arrivé pour que soit accomplie la prophétie qui dit « on l’appellera Emmanuel (ce qui signifie « Dieu avec nous »). Mais c’est bien le signe que « le Seigneur sauve », et « Dieu avec nous », c’est pareil, que Dieu sauve en se faisant proche comme l’ont manifesté les martyrs de l’apostolat béatifiés dimanche dernier à Notre-Dame, dont un jeune scout de notre diocèse, et certains prêtres-ouvriers avant l’heure qui ont rejoint les travailleurs enrôlés de force par le STO pour leur signifier par leur présence ce Dieu qui se fait proche.

En ce temps de l’Avent, nous rejoignons avec les prophètes l’espérance d’Israël en la venue d’un Messie, l’espérance ravivée par la prédication de Jean-Baptiste entendue les dimanches précédents, attente que nous partageons dans un monde déchiré avec, comme le dit le Concile Vatican II, « les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps ». Et nous pouvons nous demander si nous n’avons pas déserté cette attente, si nous ne la projetons pas trop facilement dans un autre monde, une autre vie, comme si nous étions finalement résignés à ce que celui-ci ne tourne pas rond. Nous remettre en perspective de l’attente du peuple d’Israël, de cette attente concrète inscrite dans une histoire, n’est pas inutile en ce temps de l’Avent.

Car notre espérance ne peut être déconnectée de tous ceux qui souffrent, proches ou lointains, autour de nous, elle ne peut être chrétienne si notre attente n’est pas enracinée en communion avec celles et ceux pour qui l’espérance n’est pas une posture spirituelle mais un défi permanent dans une vie où tout dit le contraire. Quand les préparatifs de Noël prennent le chemin des magasins, des cadeaux, des nourritures de luxe, c’est dans le compagnonnage avec ceux qui n’y ont pas accès, qui ont froid ou faim, que nous sommes invités à scruter les signes des temps, à veiller sur les lieux de l’urgence pour voir le monde en enfantement !

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