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Homélie de Bruno Millevoye, 30e dimanche du temps ordinaire, 29 octobre 2023

Dernière mise à jour : 31 oct. 2023



Cette semaine, j’ai pris le train et j’en ai profité pour lire le livre d’Esdras. Il raconte le retour des juifs de Babylone vers 510 à Jérusalem. C’est pour eux une occasion de repartir à zéro. Une façon de le faire est de se mettre en règle devant Dieu. Or pendant le temps de l’exil, des hommes ont pris comme femme des étrangères. C’est une infidélité à l’égard de Dieu car elles ont leur propre croyance. Il est donc décidé, après discussion, de les renvoyer. Vous pouvez lire cela au chapitre 9 et 10 du livre d’Esdras.

J’avais cette lecture en tête quand j’ai lu l’évangile de ce dimanche et réentendu ce double commandement de l’amour de Dieu et du prochain. Mais l’amour de Dieu peut conduire à exclure le prochain. C’est par amour de Dieu que les juifs revenus d’exil demande à ceux qui ont épousé des étrangères de renvoyer leur femme.

Par conséquent, ce double commandement ne va pas de soi.

Je suis passé à la lecture du livre de l’Exode qui nous est proposé et qui demande à ce que l’immigré ne soit pas opprimé. Est-ce compatible avec ce que nous dit le livre d’Esdras ? Non seulement l’amour de Dieu peut conduire à l’exclusion du prochain mais la parole de Dieu, la loi qui est censée nous guider dans nos choix est pleine de contradiction…

Quand Paul nous dit dans sa lettre aux Thessaloniciens vous avez accueilli « la Parole au milieu de vous. » Mais laquelle ? Et quand il dit « Vous vous êtes convertis à Dieu en vous détournant des idoles afin de servir le Dieu vivant et véritable » il est dans la logique du livre d’Esdras. Jusqu’où cet amour de Dieu peut-il conduire si jamais le prochain est toujours attaché aux idoles…

En faisant cette remarque, j’ai en tête qu’aujourd’hui des personnes sont exclues, sont tuées par amour de Dieu.

Par conséquent, ce double commandement de l’amour de Dieu et du prochain n’est pas une évidence. Il ne va pas de soi. L’écriture n’y conduit pas automatiquement et dans la vie réelle, nous pouvons détester notre prochain par amour de Dieu.

Mais puisqu’il est posé avec autorité et pour une fois une double autorité, celle de Jésus et de ses adversaires, comment l’honorer ?

Je vous fais trois suggestions qui sont toutes liées au contexte dans lequel, dans l’évangile de Matthieu, ce double commandement est proclamé.

Première suggestion : évitons l’hypocrisie. Pourquoi l’hypocrisie ? Parce que Jésus la reproche à ses adversaires et qu’elle est l’objet de tout le chapitre 23 qui suit ces controverses. L’hypocrisie n’est pas une orientation passagère. Elle est un empêchement à parler et à agir en vérité. Je ne développe pas mais c’est particulièrement vrai quand il s’agit des immigrés surtout quand ils n’ont pas notre religion, de notre rapport à l’argent, aux pauvres. Ne pas être hypocrites, c’est reconnaître que nous avons du mal à aimer, que des sujets d’importance nous éprouvent, révèlent nos contradictions personnelles, nous mettent en conflit à l’intérieur même de nos communautés.

Pour faire face à cette situation, deuxième suggestion, nous devons tenir ensemble ce qui parfois s’oppose, le double commandement de l’amour de Dieu et du prochain. Il faut même faire tout dépendre de ce double commandement. Je cite : « De ces deux commandements dépend toute la loi, ainsi que les prophètes. » La conséquence est que nous devons lire l’écriture en fonction de ces deux commandements. Cela nous évitera de renvoyer les étrangères chez elles même si c’est écrit dans le libre d’Esdras. Cela nous permettra que la loi et les prophètes de notre temps, entendons nos règles de vie personnelle et en société soient en cohérence avec la Parole Dieu.

Troisième suggestion. Honorons ce commandement de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain en vivant la passion du Christ. Quand Jésus fait, en accord avec son adversaire, de ces deux commandements un principe, il va vers la croix. Il va donner sa vie. Sa vie devient une passion. Dans la passion, il y a l’épreuve. Aimer est éprouvant Mais aimer est aussi une passion qui donne sens, vérité, force et joie à notre existence. En Jésus-Christ, le commandement de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain s’accomplit. En aimant comme le Christ nous le demande, nous saurons être fidèles à l’amour de Dieu et à l’amour du prochain. Ces deux commandements ne s’opposeront plus mais nous permettrons d’aimer avec passion.

J’emploie de grands mots mais l’amour se manifeste dans des initiatives simples, des attentions de chaque jour.

Un couple qui s’est préparé au mariage dans notre paroisse m’a envoyé un message cette semaine. Il me demandait si la paroisse organisait vendredi un temps de prière à l’occasion la demande du pape François de jeûner pour la paix. Je n’ai pas été hypocrite, j’ai répondu que j’avais loupé l’information. Je les ai remerciés et leur ai écrit que je parlerai de leur attention aux paroissiens, ce que je fais.

Sans le préciser dans leur message, je sais pourquoi ils ont pris cette initiative. Elle est chrétienne, lui est musulman. On peut se détester. On peut aussi s’aimer. En tout cas, c’est ce que le Christ nous commande, aimer Dieu et aimer son prochain.

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