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Homélie de Bruno Millevoye, 25e dimanche du temps ordinaire, 24 septembre 2023

Dernière mise à jour : 27 sept. 2023


Je voudrais relire avec vous cette parabole. Je commence par la situer dans l’évangile.

Au chapitre 18, c’était l’évangile de dimanche dernier, Pierre posait à Jésus la question du pardon et Jésus lui répondait en quelques mots et illustrait sa réponse par une parabole. Nous retrouvons ce même procédé au chapitre 20. Pierre pose à nouveau une question et Jésus lui répond en illustrant sa réponse par la parabole que nous venons d’entendre.

Quelle est la question de Pierre qui n’est pas incluse dans le découpage liturgique. En gros, on a tout donné, tout risqué pour te suivre, quelle est la récompense ? Jésus répond qu’il y aura plus que ce que vous pouvez imaginer au jour du jugement. Il précise que les derniers seront les premiers et les premiers seront les derniers. Il fait ensuite le récit de la parabole de ce dimanche et reprend cette expression facile à retenir : « les derniers seront les premiers et les premiers seront les derniers. » La construction littéraire est évidente.

Je vais donc maintenant relire cette parabole à ma façon et à la fin, je vous poserai deux questions. En fait, je vais aussi en poser d’autres chemin faisant.

La parabole a pour but de nous donner une idée du Royaume des Cieux. Il ne s’agit donc pas directement de notre monde. Mais dans ce monde, parce que nous sommes croyants, nous avons l’ambition déjà de faire droit au règne de Dieu, à son pouvoir, à son Royaume.

L’histoire se déroule sur une journée. Elle est à notre mesure. Le maître d’un domaine embauche des ouvriers pour sa vigne. Il se met d’accord avec eux sur le salaire et il les envoie à la vigne. Ce qu’il fait une première fois, il va le faire en tout à 5 reprises : 3e heure, 6e, 9e, 11e heure. Il procède toujours de la même manière. Il sort, il voit, il propose, il envoie.

Première question pour s’échauffer. Sortir ! Est-ce que ce verbe vous fait penser à un événement biblique ?

Réponse : « Maintenant donc, va ! Je t’envoie chez Pharaon : tu feras sortir d’Égypte mon peuple, les fils d’Israël. » Ex3, 10 Donc idée de libération.

Deux choses sont précisées au fur et à mesure. Il promet de donner ce qui est juste. Il y a donc entre le Royaume des Cieux et notre monde un point commun : la justice. Pour les ouvriers de la 11e heure, il est précisé que s’ils ne font rien, c’est parce que personne ne les a embauchés. C’est le génie de l’auteur de ce texte d’anticiper notre réaction. Des gens qui ne font rien, ce sont des… fainéants. Et bien non, personne ne leur a proposé de travail. Je suis taquin. Personne ici ne pense que des gens qui ne travaillent pas sont des fainéants…

Le soir vient. Le maître paye ses ouvriers en commençant par les derniers. Il leur donne un denier. Quand, en dernier, il donne au premier un denier comme au dernier ; ceux-ci récriminent.

Nouvelle question identique à la première. Dans quel épisode biblique, les croyants ne cessent de récriminer ?

Réponse : toujours dans le livre de l’Exode. Récriminer est le mouvement inverse de celui de la foi. Là encore, je suis taquin, jamais nous ne récriminons.

Cependant, les ouvriers de la 1e heure argumente : « Tu mets une égalité là où il n’y a pas d’égalité puis que nous avons travaillé tout le jour et eux une seule heure. »

Qui ne serait pas d’accord avec eux ?

A ce moment-là du récit, nous comprenons qu’il y a une logique du Royaume qui n’est pas celle de notre monde et ce n’est pas une question seulement de justice plus précisément d’égalité puisque le maître le dit dans sa réponse. Je ne suis pas injuste puisque je vous ai donné ce que je vous avais promis.

Il précise deux choses. Il fait ce qu’il veut (liberté, Exode) et il ajoute ce que je trouve très dur « Ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ? »

Notons qu’il s’agit du regard. Le maître sort, voit, embauche. Les ouvriers regardent et ce regard est mauvais.

Voici donc mes deux questions. Elles sont conduites par l’idée que ce que fait le maître n’est pas un simple mouvement désordonné de la générosité mais est guidée par la raison.

Première question : Pour quelle raison donne-t-il aux ouvriers le même salaire ?

Réponse : Ils ont la même valeur, la même dignité. Cette valeur, cette dignité ne sont pas liés à ce que nous faisons mais à ce que nous sommes.

Deuxième question : Qu’est-ce qui permet que nous ayons la même valeur ? La réponse est dans le récit.

Réponse : l’appel du maître. Le fait qu’il se comporte à l’égard de tous de la même façon et qu’il se donne de la peine pour eux.

Dans son attitude, il y a l’apparence de l’inégalité et de l’injustice. Il est en fait mû par un profond sens de l’égalité et de la justice. Pour servir cette justice, il sort, il voit, il envoie. Il se bouge.

En d’autres circonstances, nous pourrions parler des plus pauvres, des personnes isolées, des malades, de tous les ouvriers de la 11e heure. Mais je ne peux pas ne pas vous parler du pape François… Pour être bref, quand il lance à Marseille un appel en faveur des migrants : « Nous ne pouvons plus assister aux tragédies des naufrages provoqués par le fanatisme de l’indifférence » il ne fait que nous faire entendre cet évangile. Et je pense au regard que nous pouvons parfois porter sur notre pape : « Ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ? »

Je partage un témoignage personnel. J’étais en vélo grand rue de la Guillotière. Lorsqu’elle croise la rue Garibaldi, j’ai vu toute une famille en train de s’installer sous une tente. Je ne me suis pas arrêté. Je suis repassé le lendemain. La tente et la famille était toujours là. Les enfants jouaient avec la maman. Je ne me suis pas arrêté. Il serait bon que, à titre personnel, à titre collectif, au plan politique, nous nous arrêtions. Des associations le font. Merci. Pour que nous soyons toujours plus nombreux à le faire, cette expression dont le sens n’est pas si évident qu’il n’y paraît, peut nous aider moins comme un avertissement que comme un appel et même une occasion de méditation. « Les derniers seront les premiers. Les premiers seront les derniers. » Si nous prenons le temps de regarder et de nous arrêter, notre regard pourrait se transformer. Peut-être même que ce qui est un problème devienne une chance, une voie nouvelle, une sortie, une libération pour les premiers comme pour les derniers.

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