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Homélie de Bruno Millevoye, 21e dimanche du TO année A, 27 août 2023.

Dernière mise à jour : 2 sept. 2023


Cet évangile est, me semble-t-il, bien connu. Il suscite notre imagination. Celle-ci nous renvoie à une réalité solide, sûre, indestructible : Pierre, l’Église.

En même temps, cette réalité est une construction. Elle est relative au temps, aux aléas de l’histoire. Tout n’est pas donné immédiatement.

D’autre part, le fondement est une affirmation de foi qui tient en quelques mots : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. » Cependant, cette réponse de Simon-Pierre est précédée d’une question.

Nous pouvons penser que c’est un procédé rhétorique, que tout est dans la réponse…

Et si la question en elle-même avait son importance ? Le fait que Jésus pose une question. Nous nous précipitons sur la réponse comme trop souvent d’ailleurs sans avoir vraiment écouter la question. Mais ne faudrait-il pas s’arrêter plus longuement sur la question.

Ainsi, avons-nous repéré que Jésus ne demande pas ce que nous pensons d’abord mais ce que pense les gens ? Il y a donc un déplacement de la pensée vers les autres. Mais il y a un autre déplacement. Le fait que la question n’a pas d’abord de réponse et qu’il faut en conséquence réfléchir. Deux déplacements donc : l’autre et un inconnu.

Si nous allons trop vite vers la réponse, si nous oublions la question, nous sommes dans la certitude que donne la réponse alors que la question induit une incertitude, une recherche, une attention aux autres aussi.

Lorsque nous avons lancé le parcours de formation « Qui a envie d’être aimé ? » nous avons fait le choix de proposer un enseignement de rencontre en rencontre qui donne des repères parce que nous pensons que beaucoup d’entre nous, particulièrement dans les jeunes générations, en manquent. Cependant la question, l’interrogation, la recherche est essentielle pour la foi. Elle est essentielle et elle est légitime.

Question donc. Réponse oui bien sûr. En entendant ce que dit Jésus de la réponse de Pierre : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas. » nous comprenons que c’est une bonne nouvelle que de pouvoir se prononcer vis-à-vis de Jésus. Mais n’oublions pas la suite : « Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. » Réponse assurée, oui, mais elle ne vient pas de nous. Il y a ici un nouveau déplacement. D’abord la question qui oblige à aller vers les autres et à sortir de soi en s’interrogeant puis la conscience que ce que nous pouvons professer en vérité n’est pas en notre pouvoir mais en celui de Dieu qui nous fait un don gratuit.

Nous pouvons être sûrs et cette certitude est bonne mais dans la mesure où nous avons conscience qu’elle est un don et que par conséquent, il faudra sans cesse apprendre à le recevoir.

Non seulement le recevoir mais à notre tour en faire don.

Je ne dis pas cela pour faire bien mais parce que Jésus lui-même nous le demande. Le don de la foi qui nous est fait nous oblige. Nous recevons les clés du Royaume des Cieux. Pour quoi faire ? Pour lier et pour délier. C’est-à-dire s’occuper de nos frères, les rassembler comme les libérer ici sur terre…

Pierre, l’Église, une réalité immense en construction. Une réalité fondée sur la foi dont l’origine est une question, un don et un appel à l’action.

Nous pourrions de cet évangile ne retenir que les affirmations. Or, s’il y a des affirmations, elles sont le fruit d’une question, d’un déplacement à l’égard de nous et des autres. Elles ne sont possibles que par une révélation, un don gratuit de Dieu. Elles sont une bonne nouvelle mais elle nous oblige. Elles sont un appel à donner et à nous occuper de nos frères.

C’est l’articulation entre la question, la reconnaissance d’une révélation et sa mise en œuvre que la foi en Jésus, fils de Dieu, est sûre, solide et rend possible la construction de son Eglise.

C’est exigeant, fatigant aussi. Une bonne façon d’accueillir et de vivre la foi sans subir les questions et les obligations qu’elle suscite est de rendre grâce pour ce qui nous est donné : « Nous te louons Christ Seigneur, soleil de notre jour, qui éclaire tout homme et ne connaît pas de déclin. Tu es la Vie, Seigneur, tu es le Salut ! » Le mieux est de rendre grâce tous les jours.

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