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Homélie de Bruno Millevoye, 11e dimanche du temps ordinaire année A, 18 juin 2023

Dernière mise à jour : 21 juin 2023


Entre les lectures de ce 2e dimanche de communion et le précédent, il y a un lien : le désert du Sinaï. C’est une image de notre existence. Le livre de l’exode, 1e lecture de ce jour, comme celui du Deutéronome, 1e lecture de dimanche dernier, nous raconte comment Dieu nous rejoint dans notre existence. Dans la lecture de ce jour, Dieu est sur une haute montagne. Il envoie son serviteur Moïse pour qu’il rappelle au peuple qu’il l’a libéré de l’esclavage et que s’il veut bénéficier de cette liberté, il doit « écouter sa voix. »

Dans un contexte plus ordinaire, ce qui se passe au désert au pied d’une haute montagne se célèbre tous les dimanches au cours de la messe. Nous venons à la rencontre du Seigneur pour écouter la parole. Ce n’est plus Moïse qui nous convoque mais Jésus-Christ.

Pourquoi prendre du temps pour vivre cette rencontre avec Dieu ? Pourquoi se mettre à son écoute un dimanche matin ? De façon fortuite, l’évangile nous en donne la raison. Jésus, nous dit-il, « fut saisi de compassion. » Les foules sont désemparées. Elles ne savent plus quoi penser ou faire et Jésus est saisi de compassion. C’est pour être nous aussi saisis de compassion que nous écoutons la voix de Dieu.

Qu’est-ce que la compassion ? C’est une immense bienveillance à l’égard de l’autre en particulier de celui ou celle qui a besoin d’aide, qui crie au secours. Elle vient de l’intérieur de nous-mêmes, de nos entrailles.

Comment laisser la compassion nous remplir mais aussi conduire nos pensées et nos actes ?

Trop souvent, la compassion n’est qu’une émotion qui ne dure qu’un instant. Ainsi, nous allons être choqués et malheureux pour les migrants qui sont morts parce que leur bateau s’est renversé mais après ?

Faisons le constat que Jésus n’en reste pas à l’émotion mais qu’il passe à l’action et à une action collective.

J’ose dire qu’il a un programme politique. Pourquoi est-ce que j’emploie ce mot. Dans la tradition de la pensée sociale chrétienne, la politique est la forme la plus haute de la charité. Charité et donc compassion. C’est ainsi que s’exprime Pie XII mais aussi après lui Benoît XVI et encore dernièrement le pape François.

Dans notre façon de penser, lorsque nous parlons de politique, c’est-à-dire d’une action construite, nous commençons par laisser de côté la compassion parce qu’elle est trop chargée d’émotion. Or, je pense que nous devons inverser les choses c’est-à-dire mettre la politique au service de la compassion. En tout cas, c’est la façon de faire de Jésus. Comment s’y prend-il ? Comment passe-t-il de la compassion à l’action ?

- Il commence par annoncer que la moisson est abondante. La moisson, c’est cette compassion qui nous habite intérieurement, c’est cette immense capacité à vouloir prendre soin de l’autre. Encore faut-il moissonner. Et pour cette moisson, les ouvriers sont peu nombreux. Trop peu nous croyons en la force infinie de la compassion, de la possibilité d’agir autrement. Je reste sur l’exemple que j’ai proposé, les migrants et leur sort aussi bien quand ils veulent venir dans nos pays que lorsqu’ils sont chez nous. C’est comme ça, c’est la dure réalité des choses. Non. La compassion est abondante. Elle n’a pas de limite, pas de problème de ressource. Elle n’épuise pas la planète. Mais qui en sera l’ouvrier ?

- L’étape suivante est d’appeler des personnes. La mise en œuvre de la compassion doit être portée par des gens en vrai. Ainsi les 12 apôtres. L’association de Passage qui est en relation avec notre paroisse s’occupe des migrants. Les migrants ont des noms et ceux qui s’occupent d’eux également.

- Cependant avant d’appeler, il ne faut pas se cacher que la mise en œuvre de la compassion est une lutte. Je reprends les mots de l’évangile : « expulser des esprits impurs, guérir toute maladie. » Un vaste sujet. Quels sont les esprits impurs qui nous empêchent de venir en aide à ceux qui appellent au secours, qui nous empêchent plus simplement de rendre service ?


Je continue ma relecture de l’évangile.

- « Les nations païennes. » Il ne s’agit pas de prêcher la bonne parole aux autres, de donner des leçons au monde entier mais aux tribus d’Israël c’est-à-dire à nous-mêmes.

- Le Royaume est tout proche. Cela veut dire que la compassion est infiniment plus grande que nous ne pouvons l’imaginer. Elle est là, en nous.

- Il est alors possible de guérir, de relever, de purifier, d’expulser les démons comme celui de l’égoïsme.

- Un dernier point qui est crucial : « Vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement. » La compassion elle-même peut être séduite par les démons de la satisfaction personnelle, un instrument de pouvoir jusqu’à devenir un prétexte. J’aide mais je ne pense qu’à moi…

Si nous nous donnons rendez-vous le dimanche, c’est pour entendre la voix du Seigneur et renouveler notre alliance avec lui, à la fois être purifiés et renouvelés dans notre désir de nous laisser conduire par la compassion.

Notre rendez-vous nous conduit à faire mémoire de Jésus qui est devenu entièrement compatissant jusqu’à donner sa vie pour nous. Cette vie donnée, nous la recevons dans ce pain consacré. Quand nous mangeons l’hostie, alors nous sommes remplis de compassion jusqu’aux entrailles.

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