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Homélie de Bruno LACHNITT, diacre, le mercredi des Cendres,

Dernière mise à jour : 23 févr.

L’évangile nous invite en ce début de carême à mettre en travail nos connivences avec le mensonge ou l’imposture, cette tendance à essayer d’avoir l’air de ce qu’on n’est pas, de « tromper son monde » comme on dit, de cacher nos insuffisances ou nos petitesses, de « donner le change ». Nous sommes invités au « secret ». Le secret a ceci de commun avec le mensonge ou l’imposture qu’il représente un décalage entre l’être et le paraître. Mais alors que le mensonge ou l’imposture visent à avoir l’air de plus que ce qu’on est, dans le secret, ce qui a de la valeur est caché sous une apparence insignifiante. Le secret dissimule un être précieux, l’imposture veut faire croire à un être usurpé. Le secret voile mais ne trompe pas. L’imposture étale et abuse. La vérité du secret n’est accessible qu’à ceux qui sont ajustés au niveau de l'être et savent alors la reconnaître malgré les apparences. C’est en quelque sorte sa vertu que l’exigence de cet ajustement. A l’heure où l’on voit dans l’Eglise des phénomènes d’emprise et de manipulation avec beaucoup d’étalage de paraître, il est bon de nous le rappeler au moment d’entrer en carême pour ne pas nous laisser abuser, ni tenter.

C'est peut-être une grâce de l'enfance que d'être ce dont on a l'air, mais cet ajustement du paraître à l'être ne dure pas. Très vite nous déployons une énergie considérable pour avoir l'air de quelque chose plutôt que de cultiver l'être. Nous consacrons beaucoup de moyens pour soigner les apparences, et souvent beaucoup de mensonges pour les sauver. Nous pourrions interroger nos habitudes de consommation en les discriminant sur ce critère : au service du paraître ou pour enrichir notre être ?  Dans l'évangile, les béatitudes placent le bonheur dans le registre de l'être alors que sont désignés malheureux ceux qui investissent leur énergie dans le souci du paraître. Ils ont déjà leur récompense nous dit le texte d'aujourd'hui, mais pâle et évanescente récompense qui ne conduit qu'à la mort quand l'être, si on le cultive, s'épanouit en vie éternelle. Car ni la prière, ni le jeûne, ni l'aumône ne sont de quelque utilité s'ils ne visent qu’à paraître. L'invitation qui nous est faite pour cette entrée en carême est donc en premier lieu de lâcher tout ce qui prend soin de l'apparence, fût-elle pieuse, de cesser de chercher à avoir l'air de quelque chose pour nous concentrer sur le secret, là où le souffle de Dieu nous anime. Le poids de l’être, ce que la Bible appelle la gloire, est le contraire d’une débauche fastueuse du paraître dont l’éclat tenterait précisément de dissimuler l’indigence de l’être. Quand ce que nous sommes est toujours en décalage avec l’apparence, quand le mensonge est trop souvent notre lot, le meilleur moyen de nous en tirer consiste précisément à n'avoir l'air de rien, à nous faire le plus discret possible, en humble posture.

Ceux qui ont reconnu en Jésus la révélation du visage de Celui qu'il appelait Père sont d'abord ceux qui étaient comptés pour rien et c'est dans cette fidélité-là que l'Église fait vraiment signe. Nous sommes invités à avoir le souci des pauvres, peut-être en faisant l’aumône, mais mieux encore en apprenant à les connaître, à les reconnaître, à les fréquenter, à apprendre d’eux. Le comble serait d’en profiter pour avoir l'air de quelque chose. Nous n’aurons pas trop de quarante jours pour déplacer un peu le centre de gravité de nos vies et lâcher les apparences. Nous pourrions commencer en sortant en n’exhibant pas les cendres sur nos fronts comme un trophée. Et souhaitons que le détachement du souci de paraître nous conduise à découvrir dans la perspective d'être avec ceux qui sont tenus pour rien, une joie profonde, et à la vérifier auprès d’eux, dans le secret…

Ainsi soit-il…

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