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Homélie de Bruno LACHNITT : année A, 3ème dimanche de l’Avent

Lien vers les lectures de la messe : https://www.aelf.org/2022-12-11/romain/messe


L’évangile que nous venons d’entendre montre Jean-Baptiste au fond de sa prison. Dimanche dernier il vitupérait contre les pharisiens et les saducéens, et annonçait Celui qui vient derrière lui mais est plus grand que lui, mais là, du fond de sa cellule, il interroge : es-tu Celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? Cette question n’est-elle pas la nôtre ? Peut-être pensez-vous : mais non, si nous sommes là, c’est parce que nous croyons que Jésus est bien Celui que le peuple d’Israël attendait, le Messie. Mais que se passe-t-il quand ce qu’on espère ne se réalise pas ? Et qui d’entre nous, aujourd’hui n’est pas traversé par cette question ? Nous proclamons que ce monde est sauvé et nous faisons cependant au quotidien l’expérience d’une réalité désespérante : ce qui d’ores et déjà apparaît irréversible pour l’avenir de la planète avec nos comportements qui continuent sans prendre la mesure de l’urgence, la guerre dont l’issue est incertaine, la pandémie toujours active, on ne compte plus les vagues, le coût de la vie qui pèse sur les pauvres, et tant autour de nous qui attendent des papiers, un travail, la guérison, une visite, et ne voient rien venir.

Ce troisième dimanche de l’Avent est appelé « dimanche de la joie » et la lecture d’Isaïe semble bien sur ce registre. Pourtant Isaïe écrit en plein exil, dans une situation où le peuple est dans la tristesse. Pensons au psaume 136 : « Au bord des fleuves de Babylone nous étions assis et nous pleurions… » Isaïe parle de la vengeance de Dieu, ce qui peut nous rappeler les propos de Jean-Baptiste dimanche dernier. On n’aime pas bien ce terme, mais il faut comprendre que ce n’est pas pour faire peur, au contraire, c’est la promesse d’une revanche sur le mal qui est faite à des gens qui sont écrasés. Alors pour nous, quelle peut être cette joie qui ne serait pas illusion, qui ne prendrait pas ses désirs pour la réalité, qui ne ferait pas l’impasse sur toutes les attentes déçues qui nous habitent ou nous entourent ? La question de Jean-Baptiste nous cueille au creux du doute, mais un doute fécond qui nous invite à creuser davantage notre attente, à aller chercher plus profondément une espérance qui résiste.

« Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez » : cette réponse nous renvoie à ce que le Concile Vatican II appelait « discerner les signes des temps » ? C’est précisément au-milieu « des joies et [des] espoirs, [des] tristesses et [des] angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent », pour reprendre les mots du Concile, que nous sommes invités à discerner les signes du Royaume qui vient…

La tâche est difficile. Nous sommes en tension entre notre attention lucide au malheur du monde et l’espérance d’une promesse que nous avons reçue et qui nous dit que ce monde est sauvé. Il nous faut habiter cette tension. C’est comme les cordes d’un instrument de musique : ce n’est que si nous sommes en tension que le souffle de l’Esprit pourra nous faire vibrer à la louange du Père. L’attente à laquelle nous sommes invités est une exigence spirituelle qui nous maintient en tension pour laisser résonner une note d’espérance dans ce monde qui en manque tant, pour lire les signes des temps comme une sage-femme et voir le monde en enfantement.

La réponse de Jésus aux émissaires de Jean fait écho à la prophétie d’Isaïe : « Les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent » et elle va même au-delà : « les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle ! » Cela éclaire l’affirmation que si personne n’est plus grand que Jean parmi ceux qui sont nés d’une femme, le plus petit dans le royaume des Cieux est plus grand que lui. « Heureux, vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous » , « les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu » », « celui qui n’accueille pas le royaume de Dieu à la manière d’un enfant n’y entrera pas », les derniers seront les premiers, le plus petit est plus grand, c’est la logique du Royaume de Dieu. Il s’agit alors d’accueillir, sans se comparer et d’essayer d’être plus petits en ce temps de l’Avent pour accueillir la grâce, pour être cette petite corde fragile et tendue qui donne une note d’espérance à la veille de Noël.


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