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Homélie du troisième dimanche de Pâques, Bruno Lachnitt, diacre

Dernière mise à jour : 30 avr.


Au coeur des textes que nous offre la liturgie aujourd’hui, il y a la proclamation de la mort et de la résurrection de Jésus comme événement de salut : on le retrouve dans le discours de Pierre dans les actes et dans les paroles de Jésus dans l’évangile : « Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour, et que la conversion serait proclamée en son nom, pour le pardon des péchés, à toutes les nations » C’est ce qu’on appelle le kérygme qui comprend trois éléments : Jésus-Christ est Celui que les prophètes ont annoncé, il a été Ressuscité par Dieu et enfin un appel à la conversion. On peut d’ailleurs s’étonner en entendant Pierre dire à ses auditeurs : « vous l’aviez renié » car en fait de reniement, il n’est pas vraiment le dernier ! Mais précisément, et c’est peut-être le premier point à souligner : ceux à qui il dit cela sont aussi ceux à qui il adresse l’appel à la conversion : « tournez-vous vers Dieu pour que vos péchés soient effacés ». Nous ne sommes pas ici dans une configuration où le Salut proclamé serait réservé à quelques élus triés sur le volet. Au contraire, tous sont invités à la conversion car c’est pour tous, comme le rediront tout à l’heure les paroles de la consécration, que son sang a été versé. L’accusation n’est donc pas condamnation mais provocation à la conversion : « je sais bien que vous avez agi dans l’ignorance, vous et vos chefs ». La différence entre Pierre et ceux à qui il s’adresse n’est donc pas le reniement, mais le statut de « témoin » : « nous en sommes témoins », dit-il.

Alors il nous faut revenir à l’évangile. Nous sommes au soir de la résurrection, chez Luc, après le récit d’Emmaüs et leur retour précipité où les onze leur disent : « Le Seigneur est réellement ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. » Cette apparition à Pierre, nous n’en avons le récit dans aucun des quatre évangiles, mais c’est elle qui le fait passer de renégat à témoin. Peut-être est-ce le dialogue entre Jésus et Pierre au chapitre 21 de Jean dans l’apparition au bord du lac de Tibériade qui en donne le mieux un aperçu. Luc suggère ici qu’il serait apparu le jour de sa résurrection, à Pierre seul. Comme ils doutent, il leur montre ses mains et ses pieds pour les convaincre que c’est bien lui. Alors qu’ils ont fui, trahi, renié, il leur montre ses plaies en leur disant « la paix soit avec vous ». C’est le retournement merveilleux que manifeste la paix offerte par le ressuscité : la victime innocente de notre violence, qui serait légitime à nous accuser, est notre défenseur et notre salut. C’est ce qu’écrit Jean dans la deuxième lecture : « nous avons un défenseur devant le Père : Jésus Christ, le Juste ». Ses plaies deviennent alors le signe de leur réconciliation, signe qu’en Dieu le désir d’alliance est plus fort que notre violence, nos trahisons, nos reniements. C’est le témoignage que Jésus leur a laissé à la dernière cène, corps livré, sang versé pour une nouvelle alliance indéfectible, ce dont chaque dimanche nous faisons mémoire dans l’eucharistie. Si nous sommes témoins, c’est donc en premier lieu du témoignage d’amour que nous avons reçu. Fondamentalement, c’est l’identité de pécheurs pardonnés qui fait de nous des témoins de la résurrection.

Alors, il leur ouvre l’intelligence à la compréhension des Ecritures et si nous sommes curieux de savoir comment, nous n’avons qu’à lire tout le Nouveau Testament pour l’entendre et ouvrir aussi notre intelligence. Car non seulement les discours de Pierre dans les Actes, mais aussi les quatre évangiles et les épîtres sont remplis de références à ce que Luc désigne ici simplement comme « les Ecritures ». Et au centre de cette relecture, il y a cette affirmation : « ne fallait-il pas que le Christ souffrît … » Car ce parcours éclaire le scandale de la Croix comme événement qui scelle la victoire définitive de l’Amour qui est à l’origine de toutes choses. Les deux lettres inscrites sur le cierge pascal ά et ω, première et dernière lettre de l’alphabet grec indiquent que le Christ est le commencement et la fin. « À vous d’en être les témoins ». L’appel qui clôt le texte s’adresse alors à nous à travers les disciples. Témoigner de l’amour plus fort que la mort, c’est souvent difficile quand l’actualité a le goût de la désespérance. L’expérience de la traversée pascale ouvre une brèche dans tout ce qui dans nos vies ressemble à une impasse, elle nous permet précisément de nous engager dans ce qui semble impossible comme dans une traversée qui ouvre sur un au-delà, un « plus grand ». L’appel à être témoins de Pâques nous engage à porter l’Espérance au cœur de l’épreuve que ce monde est en train de vivre, à la porter comme un trésor fragile dans la confiance que la Promesse est accomplie et que l’Amour nous attend au terme de l’Histoire et de nos vies…


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