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Homélie de Michel Durand - Dimanche 12 avril

Ne pas attendre la présence d’un prêtre pour que l’Assemblée se constitue. C’est l’Église, assemblée des baptisés qui assume la rencontre priante.


« Tous les croyants vivaient ensemble, et ils avaient tout en commun » (Ac 2, 42-47)

« Rendez grâce au Seigneur : Il est bon ! Éternel est son amour ! » Ps 117 (118), 2-4, 13-15b, 22-24)

« Il nous a fait renaître pour une vivante espérance grâce à la résurrection de Jésus Christ d’entre les morts » (1 P 1, 3-9)

« Huit jours plus tard, Jésus vient » (Jn 20, 19-31)

 


Tous ceux qui étaient devenus croyants vivaient ensemble… (Actes)

Vous tressaillez d'une joie inexprimable qui vous transfigure… (Pierre)

Ces signes ont été écrits afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu… et afin que, par votre foi, vous ayez la vie en son nom. (Jean)

 

C’est ainsi que je résume la Parole entendue ce jour.

Je me dis que le chrétien est, avant tout, disciple. Disciple et missionnaire. Quand nous nous organisons pour bonifier le monde, ce n’est pas au nom de valeurs éternelles, qui transcendent toute morale ; c’est au nom de notre attachement au Christ, le Ressuscité.

Regardons au plus profond du noir du vendredi saint. Les disciples, non seulement se dispersent, mais ils nient avoir été compagnons du supplicié. Regardons leur comportement après que Marie Madeleine ait témoigné avoir vu Le Seigneur : ils doutent d’abord, mais ensuite, ils adhèrent. La mort de Jésus disperse ; l’Assemblée des disciples, la Résurrection rassemble. Le Ressuscité engendre l’Église.

« Parce que tu m'as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »

Claude Dagens, évêque d’Angoulême (1993), disait : « nous sommes appelés, en tant que catholiques en France, à être plus radicalement chrétiens, disciples du Christ, dans une société qui n'est plus chrétienne, mais dans laquelle germent beaucoup d'attentes spirituelles ». Il précise que « ce travail de conversion au Christ passe par la pastorale ordinaire… celle de nos communautés chrétiennes ordinaires, de nos paroisses, si ces communautés ne sont pas obnubilées par leur propre fonctionnement ou leur propre survie ».

De tout temps, « les défis auxquels doit faire face l'humanité, aussi divers que la crise écologique, le terrorisme, (les guerres), le choc des civilisations ou encore la pauvreté, rendent les individus inquiets devant la tâche à accomplir d'une société juste. Pourtant, l'espérance chrétienne nous invite à rechercher des “anticipations” du Royaume dans notre histoire. Vatican II demande de scruter les “signes des temps” pour rejoindre les “lieux” où quelque chose de la présence de Dieu peut poindre ».(Pierre-Yves Materne, théologiens à Louvain, dominicain).

Soyons donc attentifs aux signes de la venue du Royaume, même si, en ce temps de guerre, cela ne semble pas évident. Dire que le Christ est ressuscité, cela signifie qu’il est vivant, agissant en nous et dans nos lieux de vie pour que nous soyons de véritables serviteurs les uns des autres. Mercredi dernier, au cercle de silence pour soutenir les migrants par détresse, pour répondre à une question, j’ai été invité à parler de fraternité universelle. En effet, je ne me sens pas seulement serviteur à l’adresse des membres de notre Église, vue comme un club, je suis aussi (surtout) serviteur pour les hommes et les femmes que nous rencontrons dans la banalité de l’existence.

Sommes-nous chrétiens parce que nous voulons respecter les valeurs fondamentales ? J’ai parfois entendu ceci : « Mon enfant ira au catéchisme et nous lui inculquerons le sens des valeurs de la famille, du respect, de la dignité, du partage. Nous voulons qu’il respecte les valeurs ». Mais voilà que le Christ est plus qu’une valeur. Il est amour. « On ne sert pas la cause du Christ en se servant des valeurs dites traditionnelles pour s'imposer à la société. Le Christ n'est pas une valeur. » (Claude Dagens, La Croix, mercredi 23 avril 2014).

Ce jeudi saint, j’ai partagé le repas des prêtres du doyenné. Une tradition au jour de l‘inauguration de l’eucharistie marquée par le lavement des pieds. Nous étions 13. 4 prêtres français dont 2 dépassant les 80 ans. Amérique du Sud, Viet-nam, Indes, Afrique, Europe de l’Est étaient représentés. Assurément, image d’une Église universelle, catholique.

Alors, en France, défaut de vocation à la prêtrise ? Mais, ne devons-nous pas parler autrement de cette situation provoquée par le manque de prêtres ? Effectivement, ce n’est pas le prêtre qui rassemble les baptisés, mais le Christ. Et ce sont les baptisés, rassemblés par le Ressuscité, heureux de se retrouver régulièrement par et pour la prière, qui chantent, par eux-mêmes, leur joie d’être ensemble pour le service du monde. Quand, dans leur assemblée se trouve un prêtre, ils se réjouissent dans la mémoire du Seigneur qui, un certain jeudi soir a dit : « faites ceci en mémoire de moi ». Autrement dit, il ne faut pas attendre la présence d’un prêtre pour que l’Assemblée se constitue ou se maintienne. C’est l’Église (l’Assemblée) des baptisés qui assume par elle-même la rencontre priante au milieu du monde à sauver ; une communauté priante qui, alors, accueille un prêtre tout heureux dans cette assemblée vivante de célébrer l’eucharistie.

Dans les premiers jours de l'Église, les frères étaient fidèles à écouter l'enseignement des Apôtres et à vivre en communion fraternelle, à rompre le pain dans leurs maisons et à participer aux prières.

L’Évangile de Jean est écrit

pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom.

Michel Durand

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