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Homélie de Bruno Millevoye, Veillée Pascale, 30 mars 2024


Homélie de Bruno Millevoye, Veillée Pascale, 30 mars 2024

Il y a quelques jours, je croise une amie et j’évoque notre carême traversé par les couleurs de l’arc-en-ciel, signe d’espérance qui nous conduit à Pâques. J’explique, avec une certaine fierté, la bonne idée que nous avons eu de passer de semaine en semaine d’une couleur à une autre jusqu’à la lumière de Pâques : Christ est ressuscité. Pendant que je parle avec une certaine fierté, je vois son visage se fermer. Elle prend alors la parole et me dit tout ce que ce temps de Carême a eu de difficile et combien la perspective de Pâques est tout sauf lumineuse. Je suis pris au dépourvu. Intérieurement, je m’en veux d’avoir fait le malin car avant de lui parler, je savais qu’elle vivait des moments difficiles. Nous échangeons un moment ou plutôt je me tais et j’écoute. Par un geste, je lui manifeste mon attention.

Ce moment m’a fait réfléchir. Quel rapport entre la réalité de nos vies et nos célébrations, les signes que nous déployons, les sacrements dont nous affirmons la réalité ?

Je me suis dit d’abord que des signes ont du sens et nous soutiennent. Même si c’est de l’ordre de l’émotion, celle-ci peut redonner de la joie ou apporter un apaisement. C’est bon et c’est une aide réelle.

Et puis je pense à une conférence de Carême à Paris qui parle des sacrements, de leur valeur, de leur importance. Je fais le lien avec cette rencontre et mes questions. Quel rapport entre la réalité et la vérité de nos vies et la réalité et la vérité des sacrements ?

Le conférencier articule son propos sur des textes de la poétesse Marie-Noëlle (Marie rouget 1883-1967 Auxerre). Il lit intégralement ce poème dans lequel Marie-Noëlle imagine un échange avec Dieu :

Vous voilà, mon Dieu. Vous me cherchiez ? Que me voulez-Vous ? Je n’ai rien à Vous donner. Depuis notre dernière rencontre, je n’ai rien mis de côté pour Vous.

Rien… Pas une bonne action. J’étais trop lasse.

Rien… Pas une bonne parole. J’étais trop triste.

Rien que le dégoût de vivre, l’ennui, la stérilité.

– Donne !

La hâte, chaque jour, de voir la journée finie, sans servir à rien ; le désir de repos loin du devoir et des œuvres, le détachement du bien à faire, le dégoût de Vous, ô mon Dieu !

– Donne !

La torpeur de l’âme, le remords de ma mollesse, et la mollesse plus forte que le remords…

– Donne !

Le besoin d’être heureuse, la tendresse qui brise, la douleur d’être moi sans secours…

– Donne !

Des troubles, des épouvantes, des doutes…

– Donne !

Seigneur ! Voilà que, comme un chiffonnier, Vous allez ramassant des déchets, des immondices.

Qu’en voulez-Vous faire, Seigneur ?

– Le Royaume des Cieux."

Qu’est-ce que Dieu nous apporte ? Ce qu’il a fait de ce que nous lui avons donné. Et que devons-nous lui donner ? Ce qui fait notre vie. Avec cela, Dieu fait le Royaume des Cieux, c’est-à-dire cette joie qui soutient l’espérance, cette foi qui nous donne le désir d’aimer. Nos sacrements, le signes dont ils sont faits sont à la fois ce que nous sommes et ce que Dieu est. L’un ne va pas sans l’autre. Dans cet échange, nous prenons conscience qu’il est avec nous et qu’il n’exige de nous que d’être avec lui en nous donnant tel que nous sommes.

Les sacrements permettent cet échange. Ils sont à la fois matériels : l’eau dont nous avons besoin pour vivre, le pain fruit de notre travail, et spirituels : l’eau du baptême qui fait passer de la mort à la vie, le pain devenu corps du Christ, corps Eucharistique.

Les sacrements sont des signes matériels tout autant que spirituels au service de la foi qui nous unit à Dieu. Ils sont vrais de notre existence et de celle de Dieu.

Tous les sacrements ont leur origine en Jésus-Christ à la fois Dieu au-delà de tout, et homme qui a assumé toute la matérialité de l’existence humaine.

Les sacrements sont faits de ce que nous donnons à Dieu. Ainsi ils nous soutiennent dans notre vie de chrétiens.

Dieu reçoit ce que nous lui donnons. C’est un autre enseignement de Marie-Noëlle. Un saint, c’est-à-dire un fidèle du Christ, n’est pas celui qui donne mais qui reçoit. Ainsi nous nous exerçons à la vie même de Dieu. Recevoir de l’autre. Ici est la source de la vie fraternelle qui est tout autant la vie en Dieu.

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