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Homélie de Bruno Millevoye, 3e dimanche de Pâques 23 avril 2023

Dernière mise à jour : 24 avr. 2023

Homélie de Bruno Millevoye, 3e dimanche de Pâques 23 avril 2023

C’est particulièrement une question à l’occasion de la préparation d’un baptême mais aussi une question permanente pour tout croyant. Comment faire l’expérience de la présence de Jésus ? L’évangile nous dit que « Jésus lui-même s’approcha. » Mais comment le reconnaître ?

A cette question, s’ajoute immédiatement une autre question : « Est-ce vrai ? » Quelle est la réalité de cette présence ? C’est une question pour celui qui entend un témoignage : qu’est-ce que ça veut dire quand tu me dis que Jésus est présent dans ta vie ? Mais aussi une question pour celui qui témoigne. En quoi la présence dont je témoigne est réelle, est vraie ? Est-ce que je ne me raconte pas des histoires ?

A la vérité, j’ajoute une autre question. En quoi cette réalité nous porte, nous oriente, nous soutient ? En quoi notre vie est transformée parce que nous avons reconnu Jésus présent, vivant ressuscité ?

Une rencontre est possible avec le ressuscité. Mieux, une vie en sa présence. Comment s’y prendre ?

L’évangile de ce jour a été écrit pour nous guider, pour nous mettre sur la piste et rendre possible cette rencontre.

Pour cela, Luc raconte une rencontre ou plutôt trois rencontres qui se déroulent sur une journée, le premier jour de la semaine notre dimanche. Il le fait en un chapitre, le chapitre 24. Le récit des disciples d’Emmaüs est la 2e rencontre. Mais les trois rencontres se déroulent selon les mêmes étapes qui sont celles de notre messe du dimanche. Celle-ci est conçue de la même manière que l’évangile pour rendre possible une rencontre.

La première étape est de venir avec notre existence, ce que nous sommes comme les deux disciples sur la route d’Emmaüs. Immédiatement, Jésus prend l’initiative de venir à notre rencontre mais nous ne le savons pas : « Jésus lui-même s’approcha, et il marchait avec eux. Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. »

Pour voir, il faut commencer par écouter. C’est le temps de la parole de Dieu, de l’écriture. « Partant de Moïse et de tous les Prophètes, Jésus leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait. » C’est ce moment où nous écoutons une première puis une deuxième lecture, un psaume, un évangile. Le prêtre commente. C’est un travail de lecture et de relecture dont l’enjeu est de nous apprendre à joindre notre histoire à la grande histoire par laquelle Dieu rejoint les hommes.

Maintenant que nous avons entendu, nous pouvons voir. C’est le temps du signe, du sacrement. Celui du baptême, fait avec de l’eau, a permis de reconnaître vos enfants comme des enfants de Dieu. Celui de l’Eucharistie, fait avec du pain, permet de reconnaître la présence du ressuscité. « Quand il fut à table avec eux, ayant pris le pain, Jésus prononça la bénédiction et, ayant rompu le pain, le leur donna. Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards. »

Jésus se fait reconnaître et en même temps il s’échappe. Pourquoi ? Parce qu’il est Dieu et que Dieu est dans la nuée. Surtout parce qu’il est venu pour que nous ayons la vie. Il nous donne la sienne mais chacune, chacun d’entre nous est appelé à se lever, porté par la vérité de la présence du Christ pour en vivre. L’évangile qui se déroule sur une journée qui est notre dimanche insiste sur le témoignage et la joie mais c’est bien toute notre existence qui sera portée, renouvelée, orientée par celui qui est ressuscité. Avec des hauts et des bas, nous allons faire en sorte d’ajuster notre existence à celle de Jésus-Christ. Nous n’avons jamais fini cet ajustement.

Il en est ainsi de cette rencontre qui est possible tous les dimanches, c’est-à-dire tous les premiers jours de la semaine comme pour les disciples d’Emmaüs.

Est-ce que cette rencontre est garantie ? Non. Non mais.

Pour illustrer ce mais, je vous partage comme une allégorie un bout des deux jours de vélo qui m’ont conduit dans les Cévennes. Pour ceux qui connaissent, c’est une région à la fois belle et sauvage. La règle, pour se déplacer, est de monter. Ça monte tout le temps. A chaque sortie de virage, on se dit que c’est le sommet mais non, ça monte encore. Quand on descend, c’est très agréable, reposant mais on sait qu’il va falloir remonter. On ne sait jamais vraiment où on est parce que les montagnes se montrent mais ne se laissent pas reconnaître facilement. Il n’y a que ceux qui habitent sur place qui les nomment. Bref, la seule chose que vous maitrisez dans la mesure où vous avez un peu de force, c’est de pédaler.

Et voilà, à la sortie d’un virage qui ressemble à tous les autres virages, le paysage s’ouvre et l’infini est à portée de vos yeux. Vous êtes bien quelque part, mais vos yeux vous emmènent loin. Cet infini a des noms : le mont Aigoual, la Lozère, les Causses, l’Aveyron… Cet Infini se laisse voir mais il garde sa part de mystère. Il est insalissable, mais il est bien là, présent et vrai. Il fait alors oublier la fatigue. Il donne même des forces. Cette vision peut se prolonger le temps d’un arrêt, d’une contemplation. Il faut repartir parce que la journée n’a que 24h mais la vision reste en nous. Il n’y a plus de doute. Le voyage vaut la peine.

Mon histoire n’est qu’une allégorie pour laisser à penser, pour dire avec un parfum de vacances que Le Christ, Dieu et infini, se laisse reconnaître pour que nous ayons la vie. Partout, nous pouvons le reconnaître comme à la sortie d’un virage. Il y a un jour le dimanche qui est organisé selon l’évangile pour faciliter cette rencontre. Rien n’est obligatoire, tout est possible comme la stupeur, l’étonnement, la joie : « Le Seigneur est réellement ressuscité. »

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