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Homélie de Bruno Millevoye, 24e dimanche du temps ordinaire, 17 septembre 2023

Dernière mise à jour : 21 sept. 2023


Faut-il toujours pardonner ? Cette question de Pierre est aussi la nôtre et accompagne ainsi notre existence.

Un simple échange en soirée avec quelques personnes sur ce sujet montre que la question du pardon est bien différente selon les circonstances, la gravité de ce qui est à pardonner. Si la réponse de Jésus est on ne peut plus claire, pardonner 70 fois 7 fois, elle ne suffit à faire face à ce qui suppose le fait de pardonner. Il faudrait parler de justice, du temps nécessaire, des manipulations possibles, de notre psychologie qui peut nous jouer des tours dans ce domaine.

Cette prudence ne nous empêche pas de réfléchir à ce que Jésus nous demande sans ambiguïté, encore une fois et c’est bon de l’entendre : 70 fois 7 fois c’est-à-dire toujours, quoi qu’il arrive, remettre l’ouvrage sur le métier.

Pour cela, intéressons-nous à la parabole qui illustre son appel, son commandement.

Elle est d’une grande richesse. Notamment, la somme astronomique que le serviteur a à rembourser et donc qu’il ne pourra pas rembourser nous fait entendre que le pardon n’est pas une question comptable. Nous avons une dette quoi qu’il arrive En revanche, c’est un choix, une décision à prendre et toujours à l’exemple du serviteur, nous pouvons nous donner de mauvaises raisons de ne pas faire ce choix.

Mais c’est un autre point que je voudrais souligner. Avez-vous remarqué qu’il y a dans la parabole une contradiction. Elle veut illustrer qu’il faut pardonner sans condition. Or, Jésus, comme le roi de la parabole, met au pardon une condition : que nous nous pardonnions nous aussi. C’est d’ailleurs ce que nous disons dans la prière du Notre Père.

Donc, il faut toujours pardonner mais celui qui est le roi, Dieu, met à son pardon une condition : que nous aussi nous pardonnions. C’est ce que j’appelle une contradiction. Y aurait-il une limite au pardon ?

Comment y échapper ?

En passant, l’idée de limite nous rejoint car assez naturellement, nous pensons que tout pardonner est un peu trop facile et qu’il faut aussi faire droit à la justice…

Voilà mon idée. Dans le pardon, il y a comme une rencontre entre l’immense, l’infini, Dieu source permanente de pardon et le tout petit, fini, chacun de nous qui trouvons ou ne trouvons pas la force de pardonner.

Et bien, le fini, le petit peut avoir accès à la source infini du pardon dans la mesure où il fait l’expérience du pardon, s’il cherche à pardonner même de façon besogneuse et incomplète. Si nous ne faisons pas l’expérience du pardon, nous ne pourrons pas savoir ce qu’est le pardon.

Je le redis autrement. Si nous voulons grandir dans la conscience de l’infini miséricorde de Dieu et nous laisser conduire par elle, nous devons poser des actes de pardon. Plus nous poserons des actes de pardon plus la conscience et la foi en l’infini miséricorde de Dieu grandira et nous donnera le goût, la force et la joie même de pardonner.

Pour me faire comprendre, j’ai pensé à un robinet d’eau. Quand vous ouvrez le robinet, l’eau coule et elle coule en abondance. Mais si vous n’ouvrez pas le robinet, il n’y a pas d’eau. D’une certaine façon, elle n’existe pas même si elle est là en abondance.

Cela permet de mieux comprendre l’appel à pardonner 70 fois 7 fois. Jésus ne nous demande pas de devenir les champions du pardon. Au contraire, il nous demande de pardonner une fois, puis une autre fois et ainsi de suite. C’est ainsi que par nos actes finis, situés, relatifs, nous font bénéficier de l’infini miséricorde, pardon, de Dieu.

Pardonner, c’est un acte de la volonté, une décision. C’est aussi un élan intérieur qui nous habite tous et qui a un nom. La parabole nous met sur la piste : « Saisi de compassion. » C’est ce qui saisit le maître et le conduit à remettre la dette de son serviteur.

La compassion, c’est ce sentiment intérieur en partie déraisonnable, qui ne compte pas et qui nous conduit à aimer notre ennemi. Il défit la logique comptable. Il est étonnamment sans effort.

Exemple de mon accident de vélo.

(Je n’ai pas développé l’alternative au pardon. Il n’y en a qu’une : le ressentiment, la haine et la violence…)

Comme je l’ai dit, les situations de pardon sont toutes différentes les unes des autres. Certaines demandent du temps et des instruments autre que le simple sentiment de compassion ou volonté de pardonner. Mais le commandement de Jésus est clair comme de l’eau de roche. Pardonner. Et c’est un choix de vie.

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