Homélie de Bruno Lachnitt, diacre, pour la fête du corps et du sang du Christ
- Bruno Lachnitt
- 7 juin
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Avant d’évoquer cette page d’évangile et la fête de ce jour, je voudrais dire un mot à propos du premier verset du psaume qui répondait à la première lecture : Glorifie le Seigneur Jérusalem, célèbre ton Dieu, ô Sion. Mystère du peuple élu sur lequel l’actualité peut nous faire buter. Sans m’y attarder, je voudrais juste souligner que dans le récit biblique, l’élection se porte toujours sur celui qui ne la mérite pas, comme signe de la gratuité du don de Dieu, et qu’elle a une portée universelle. Quand celui qui est choisi par pure grâce croit que c’est parce qu’il est meilleur que les autres, il pervertit la grâce en privilège. Nous sommes tous menacés par cette tentation. Alors, dans l’évangile, la manifestation du salut fait irruption dans la marge, parmi les publicains et les pécheurs.
Le texte de l’Evangile de ce jour est difficile, et probablement irrecevable pour qui ne baigne pas dans une culture chrétienne. Nous même y sommes sans doute trop habitués. Juste après ce passage, Jean signale que beaucoup de ses disciples cessèrent de suivre Jésus. " Qui mâche ma chair, qui boit mon sang, demeure en moi, et moi en lui...et moi, je le relèverai au dernier jour." Il ne s’agit ni d’anthropophagie, ni de magie. Jean Grosjean auteur d’un remarquable commentaire de l'évangile de Jean, traduit cela en disant : « Il nous donne pour nourriture sa marche vers la mort ». Pourquoi, sinon pour traverser à sa suite ?
La première lecture nous dit que c’est dans l’épreuve que Dieu prend consistance dans nos vies, à la mesure de la confiance que nous mettons en Lui. L’épreuve n’est pas tant ce qui nous éprouve que ce qui nous permet d’éprouver que par la confiance en un Autre nous pouvons avancer. Ce qui nourrit l’homme, c’est la Parole, c’est cette nourriture-là qui nous humanise. Si le pain nous permet de subsister, être homme, c’est beaucoup plus. On peut même abîmer sa propre humanité, et celle des autres pour se procurer du pain ou des choses matérielles. Ce qui nourrit le plus précieux en nous, c’est la Parole comme dit le livre du Deutéronome que Jésus, quand il a faim, oppose au tentateur : l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu !
Or le prologue de l’évangile de Jean nous dit que cette parole qui sort de la bouche de Dieu s’est incarnée, le Verbe s’est fait chair. La Parole, c’est ce qui engage : quand vous dites : je te donne ma parole, c’est ce que vous avez de mieux que vous mettez dans la balance, c’est tout vous-même. Et quand on dit de quelqu’un qu’il n’a pas de parole, c’est qu’on ne peut pas compter sur lui, qu’il est inconsistant.
Dieu, on peut compter sur lui, et il engage tout son être en Jésus-Christ. Dire que Jésus, le Christ, est la Parole de Dieu, c’est dire qu’en lui, Dieu est complètement engagé vis-à-vis de nous, et qu’il nous révèle pleinement quel est le vrai visage de Dieu et à quel point nous pouvons compter sur lui : jusqu’à donner sa vie pour nous, jusqu’à se donner lui-même à nous.
L’eucharistie est inséparable de ce don de sa vie pour nous : Jésus n’aurait pas au cours d’un repas, rompu le pain en disant « ceci est mon corps », fait passer la coupe aux disciples en disant « ceci est la coupe de la nouvelle alliance en mon sang », s’il n’était déjà engagé dans ce don de lui-même jusqu’au bout. Il dit « ceci est mon corps, livré pour vous », « ceci est mon sang, versé pour vous et pour la multitude… » C’est parce qu’il est livré dans l’amour jusqu’à l’extrême que son corps devient source de communion et de vie dans ce sacrement que nous n’aurons jamais fini de comprendre.
L’apôtre Paul dans la deuxième lecture de l’épître aux Corinthiens explique que quand nous communions au corps et au sang du Christ, c’est nous qui devenons corps du Christ, nous devenons ensemble ce à quoi nous communions. Quand nous mangeons ce pain et buvons à cette coupe, nous sommes appelés à devenir ensemble présence du Christ pour ce monde. Il serait dommageable de concentrer sur la seule hostie consacrée toute l’attention portée à la présence réelle du Christ, au détriment de sa présence dans l’assemblée qui le reçoit, d’oublier que l’eucharistie n’a de sens que de faire de nous le corps du Christ afin que nous soyons ensemble présence du Christ au milieu du monde, pour la gloire de Dieu et le salut du monde, comme nous proclamons au début de la liturgie eucharistique.
Sans oublier que l’assemblée comme corps du Christ n’est pas un entre-soi sympathique et c’est le sens du ministère de l’indigne diacre que je suis et que vont devenir Eric et Daniel cet après-midi, de signifier que notre communion comme corps du Christ est incomplète tant que le plus pauvre, le plus lointain, le plus exclu, n’y est pas rejoint. C’est un autre mode de la présence réelle du Christ, complémentaire et incontournable. Puisse alors notre respect envers les plus fragiles, les plus rejetés, être le même que celui que nous manifestons devant l’hostie consacrée, et que l’eucharistie reçue nous entraîne à revêtir la tenue de service pour faire d’une fraternité sans exclusion le signe de la présence du Christ au milieu de nous. Amen !




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