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Après la réunion de mercredi 17/05 ... quelques idées concrètes

article de La Croix du 19/05/2023

À Tourcoing, le diocèse de Lille ouvre une maison aux mineurs migrants

Reportage

Depuis 2015, les paroisses de Lille hébergent les étrangers mineurs isolés en attente de régularisation. Ils vivent aujourd’hui dans une maison à Tourcoing, un lieu stable qui leur permet d’être scolarisés.

Christophe Henning,

le 19/05/2023 à 14:37

« Ici, c’est comme une famille. » Sekou, Abdoulaye, Stéphane le disent avec une émotion palpable. Après avoir quitté l’Afrique et franchi bien des obstacles, ils vivaient à la rue. Sollicitées par le centre protestant de la Réconciliation, les paroisses lilloises se sont mobilisées. Chacune d’entre elles a accueilli à tour de rôle et pour quinze jours une trentaine de migrants mineurs, en attente de régularisation.

Pendant deux semaines, tout était assuré par des bénévoles. Écoute, accompagnement administratif, repas… Une mission conduite avec enthousiasme et efficacité par les paroissiens. Sauf qu’il a fallu se rendre à l’évidence : les jeunes accueillis, ballottés tous les quinze jours, avaient justement besoin de stabilité.

En juin 2020, le projet s’enracine à Tourcoing, dans une grande maison du diocèse accueillant jusqu’à quinze garçons mineurs. « Nous avons moins de bénévoles, mais les jeunes sont plus stables et ils sont même scolarisés », explique Dorothée Malik, déléguée diocésaine pour la pastorale des migrants. « On n’aurait pas rêvé mieux, reconnaît un jeune Camerounais. Dehors, il y avait le froid, la violence, la peur… »

Les migrants hébergés attendent que leur minorité soit reconnue par l’administration, usent éventuellement des recours, et demanderont ensuite l’asile. Ils viennent du Mali, de Côte d’Ivoire, du Bangladesh… La règle, dans la maison, est de ne pas poser de question : les interrogatoires administratifs sont suffisamment nombreux. « Quand on voit les jeunes tenir debout, se battre, accepter de retourner sur les bancs de l’école, comment ne pas s’engager avec eux », confie un bénévole.

Lieu de la rencontre

Moussa rentre de l’école. Ce soir-là, ce sont Stéphane et Abdoulaye qui sont à la cuisine. Chacun son tour. Les éclats de rire fusent. « On s’entend bien », confirme Sekou qui prépare un CAP de plombier. Deux à quatre par chambrée, ils peuvent aussi discuter avec les bénévoles ou regarder les matchs de foot sur grand écran. Sans oublier les démarches et le soutien scolaire.

À leur entrée dans la maison, ils passent un contrat moral. Chrétiens, musulmans, athées, venus de divers pays et cultures, ils s’engagent dans une vie quasi communautaire dans le respect de chacun. C’est aussi un lieu de découverte pour les nombreux bénévoles : « J’aime parler de pastorale de la rencontre, explique Dorothée Malik. Il n’y a plus de religion, de couleur de peau, mais la rencontre d’un homme, d’une personne. »

L’homme au centre

Pendant le Ramadan, des liens ont été tissés avec la communauté musulmane de Lambersart, une ville proche. « C’est un accueil évidemment inconditionnel, on les prend comme ils sont ! », insiste la responsable qui ne cache pas que cet accueil, « c’est un sacré chemin à faire, pour l’Église et la société ». Réconfortée par la volonté des jeunes qui cherchent à s’en sortir, Dorothée Malik insiste sur cette mission d’accueil pour l’Église. Pour elle, inutile de faire de longs sermons sur la doctrine sociale, il faut agir : « Si on ne met pas l’homme au centre, si l’Église oublie les plus fragiles, à quoi servent les sacrements ? »

Ils sont une soixantaine à être passés par la maison depuis 2020. À l’image des volontaires qui se relaient pour qu’il y ait une présence chaque nuit, les bénévoles sont des « veilleurs » pour ces grands gaillards déracinés. À 18 ans, ils pourront finir l’année scolaire, mais doivent ensuite prendre leur envol. Le spectre de la rue menace. Devenus majeurs, ils pourront toujours recourir au 115. Heureusement, quand ils quittent la maison, ils ont pu s’organiser. Et envisager un avenir.


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