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Pourquoi donc ai-je opté, au moment d’écrire cet article, pour parler de l’évêque Williamson, intégriste et négationniste ?
Simplement parce que ce sujet, contrairement aux apparences, est central. Il fut mis en évidence par l’hebdomadaire « La Vie » qui lança un manifeste d’Intellectuels Catholiques pour dire non au négationnisme dans l’Eglise.
Sujet qui ne semblerait pas une priorité dans la société aujourd’hui.
En réalité cette question est très étroitement liée à celle de la crise actuelle. En effet je suis convaincu que cette crise n’est pas seulement une crise financière, économique ou sociale, mais est aussi anthropologique. Dans le système où nous vivons l’homme est une variable économique d’une économie de production et de consommation. Mais Il faut réintégrer l’homme dans le processus économique et investir aussi dans l’humain. Ceci est de plus en plus évident.
Or aujourd’hui, nous ne savons pas ou ne voulons plus exprimer ce qu’est « être humain ». Le négationnisme est précisément le refus de reconnaître que, avec la Shoah des millions d’hommes et de femmes sont morts par refus de les considérer comme tels. Une telle posture ne peut pas être compatible avec la foi catholique et bien au-delà .
Mais reprenons cette question de la perte du sens de l’homme dans notre civilisation occidentale déjà , mais aussi dans la mondialisation récente.
Après la shoah au milieu du XX° siècle combien de millions d’hommes et de femmes n’avons-nous pas tués comme des animaux : avec les déportations, les goulags, l’organisation ou le laisser faire de famines, les conflits ethniques ou inter ethniques et la banalisation des terrorismes. Ne sommes nous pas munis d’armements sophistiqués de quoi nous détruire tous ? Ne sommes nous pas en train de piller les sources de vie limitées, venant de la terre ?
Lorsqu’il termine son livre sur « l’identité humaine », Edgar Morin se pose et nous pose cette question : « L’humanité est en rodage. Y a-t-il possibilité de refouler la barbarie et de vraiment civiliser les humains ? ». Nous sommes maintenant au cÅ“ur de la réponse à apporter à cause la crise actuelle.
Notre civilisation occidentale avait un consensus sur le « Tu ne tueras pas » (ton prochain, humain). Cette affirmation ne semble plus avoir valeur irréductible ni être une référence objective. Qu’est ce qui peut alors nous empêcher de tuer des hommes, des femmes ? Aussi longtemps que ne seront pas trouvés un accord et un contrat explicite sur cette spécificité de l’humain, nous ne pourrons que nous détruire. C’est l’homme qu’il faut d’abord sauver et re-construire. Nous avons, chrétiens, dans notre héritage religieux de croire que l’être humain est unique, et « sacré », (pour employer notre langage) parce que, aux yeux de Dieu, chacun est unique. Et tout ce qui touche à l’homme et son avenir nous concerne. Être croyant, pour moi, c’est vivre modestement, à ma place, infime dans le monde, en nous humanisant réciproquement. Nous avons l’obligation d’inventer un humanisme pour le 21° siècle.
L’appel des Intellectuels catholiques dans « La Vie » atteint au cÅ“ur de la question : Oui cet évêque s’égare et nous égare. Non pas seulement parce que cela concerne les Juifs mais parce que les Juifs sont d’abord des êtres humains comme chacun. Oui il y a du tangage à Rome. Benoît XVI a dit ne pas savoir que l’évêque avait fait cette déclaration négationniste. Je le crois. Mais cet aveu est aussi un aveu d’impuissance : son gouvernement ne l’informe pas ou mal et il gouverne difficilement. C’est sans doute ce qui arrive dans beaucoup d’institutions. Mais il faut redresser la barre ; les enjeux sont trop graves. Oui cette libre prise de parole d’intellectuels catholiques, respectueuse mais claire est encourageante : Il y aussi à côté des violences actuelles, des initiatives nouvelles de fraternité et de justice.
Il ne faut pas les piétiner ; ce sont, chez nous, des fruits de Vatican II.