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Notre rubrique "Sujet du mois" du prochain Côté Soleil aura pour thème :

Depuis plusieurs années, de nombreux sociologues ou philosophes tentent de décrire et d’analyser le règne de l’immédiateté qui semble caractériser notre société. Comme dit une publicité : « Tout change très vite et la nouveauté n’est plus nouvelle… » Tout s’accélère et les urgences apparaissent dominer chaque instant. Rien ne peut plus attendre et tout cela influe sur notre façon de vivre, de consommer, de vivre en société. Notre gestion du quotidien ressemble à une espèce de zapping entre plusieurs lieux, tâches, rôles et pouvoirs.
Leurs réflexions les conduisent à penser qu’une dictature de l’immédiateté, de l’instant, de l’urgence nous impose de vivre dans une société qui aspire au tout, tout de suite. Citons par exemple Jean-Claude Guillebaud : « Tout se passe comme si, dorénavant, le court terme, l’immédiateté, l’urgence, la saute d’humeur, le tout ou rien, l’instabilité récurrente organisaient nos vies. Les discours que nous tenons sur nous-mêmes - par médias interposés - portent trace de ce sautillement. Un peu comme si le rythme du temps social se calquait de plus en plus sur celui de la Bourse ou, pire encore, de l’informatique qui découpe la temporalité en segments brefs. » [1]
Depuis plus de 30 ans, Paul Virilio [2] critique le règne du temps réel, du live, de l’immédiateté. Pour lui, notre époque a un curieux rapport avec le temps, et nous explique que le concept de temps réel - comme si le temps n’était pas réel ! - a commencé dans l’entreprise par les systèmes informatiques et s’est étendu ensuite aux informations de la Bourse et de la météo pour les besoins de certaines professions. Aujourd’hui, l’exigence de l’information en temps réel est admise et s’impose partout, à toute la société. L’unité de mesure des nouvelles technologies devient la nanoseconde. La circulation des informations et des images à la vitesse de la lumière excède, en quantité et en rapidité, ce que le cerveau humain peut capter et traiter. Sans cesse une information en chasse une autre, et notre attention est requise par une urgence médiatique, qui nous condamne à un saute-mouton permanent. Rien n’échappe à ce raccourcissement du temps. Nous nous sentons de plus en plus confinés dans un monde rétréci, loin, de la recommandation de l’instituteur de Pagnol à ses élèves : « mes enfants, courez moins vite, la cour de récréation vous paraîtra plus grande ! » Dans ce monde qui nous fait prisonniers d’une course éperdue, « on ne regarde plus les étoiles, nous dit Paul Virilio, mais les écrans » d’ordinateurs et de télévision.Faut-il alors penser, avec Michel Serres [3] , qu’un « nouvel humain » est né ? « Je le baptise Petite Poucette, pour sa capacité à envoyer des SMS avec son pouce… Sans que nous nous en apercevions, un nouvel humain est né, pendant un intervalle bref, celui qui nous sépare des années soixante dix. Il ou elle n’a plus le même corps, la même espérance de vie, ne communique plus de la même façon, ne perçoit plus le même monde, ne vit plus dans la même nature, n’habite plus le même espace. Né sous péridurale et de naissance programmée, ne redoute plus, sous soins palliatifs, la même mort. N’ayant plus la même tête que celle de ses parents, il ou elle connaît autrement.
Michel Serres nous décrit cette période d’immense basculement qui est une troisième révolution après celle du passage de l’oral à l’écrit, de l’écrit à l’imprimé permettant la diffusion de la connaissance et de la culture et enfin le passage de l’imprimé aux nouvelles technologies qui ouvre le temps de l’immédiateté et d’inter-connectivité. Par exemple dit-il « L’immédiateté du courriel, fait que je suis le voisin de quelqu’un qui habite à Florence ou San Francisco, et très éloigné de quelqu’un qui habite dans la maison d’à -côté. Les distributions de l’espace et du temps ne sont plus les mêmes. Ce n’est plus le même monde. » Et il ajoute : « Chacune de ces révolutions s’est accompagnée de mutations politiques et sociales... Ce sont des périodes de crise aussi, comme celle que nous vivons aujourd’hui. La finance, la politique, l’école, l’Église… Citez-moi un domaine qui ne soit pas en crise ! Il n’y en a pas. » Les réalités d’hier sont ébranlées, les institutions vacillent et les dogmes s’effritent. La crispation sur un monde ancien est souvent bien réelle pour pouvoir résister à ces mutations et s’opposer au changement. Et Michel Serres conclut « Je vois nos institutions luire d’un éclat semblable à celui des constellations dont les astronomes nous apprirent qu’elles étaient mortes depuis longtemps déjà . » . C’est pourquoi il nous invite plutôt à innover : « Face à ces mutations, sans doute convient-il d’inventer d’inimaginables nouveautés, hors les cadres désuets qui formatent encore nos conduites, nos médias, nos projets adaptés à la société du spectacle. » Tout reste donc à faire, tout reste donc à inventer pour l’annonce de la Bonne Nouvelle de l’Évangile. Nous en sentons un besoin urgent, mais nous en sommes encore loin.