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Notre rubrique "Sujet du mois" du prochain Côté Soleil aura pour thème :

Vous êtes l’un des rares philosophes à vous réclamer du sens étymologique du mot "philosophie" à savoir l’amour de la sagesse. Comment expliquez-vous que la philosophie occidentale se soit à ce point éloignée de son dessein initial ?
C’est un peu moins vrai aujourd’hui, du moins par rapport à mes jeunes années d’étudiant, où l’idée que la philosophie puisse se confondre avec l’amour de la sagesse était inconcevable. La philosophie était alors devenue pur travail théorique, abstrait, conceptuel, ce qu’elle est aussi, mais elle ne l’est pleinement que dans la mesure où elle sert à vivre mieux. Cela on l’avait oublié. Ce qui me frappait en ce temps-là , c’était l’espèce d’ennui accablant dans lequel pouvait me plonger la lecture de la plupart des philosophes en vogue. Alors qu’inversement, les grands maîtres du passé me passionnaient. Et avec eux, l’idéal antique de sagesse. Qu’est-ce-que la sagesse ? C’est la vie heureuse, mais la vie heureuse dans la vérité. C’est la véritéd’abord qui importe. La sagesse, c’est le maximum de bonheur dansle maximum de lucidité. Il s’agit de penser mieux pour vivre mieux.
Comment expliquer ce regain d’intérêt du public pour la sagesse ?
On peut avancer deux explications. D’abord la dimension atemporelle de la sagesse, sans doute aussi ancienne que la civilisation. Dès lors que nous sommes doués de vie et de pensée, la question se pose pour chacun d’entre nous d’articuler l’une à l’autre ces deux dimensions. Cette démarche de sagesse fait partie de la condition humaine. C’est la dimension atemporelle ; mais il y a aussi une dimension conjoncturelle, liée à l’époque. Ce retour à la philosophie, au sens premier du terme, s’explique par le déclin des réponses toutes faites. Celles apportées par les grandes religions et les grandes idéologies mais aussi les sciences humaines. Avec le temps, on a découvert que les sciences humaines ne sont finalement que des sciences approximatives, et surtout qu’elles ne répondent pas à la question : "Comment vivre ?" C’est Freud qui disait que la psychanalyse ne sert pas à être heureux mais à passer d’une souffrance névrotique à un malheur banal. J’aime beaucoup cette formule. Je la crois vraie. Mais une fois qu’on est confronté au malheur banal, que fait-on ? De la philosophie !