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Notre rubrique "Sujet du mois" du prochain Côté Soleil aura pour thème :

Sans doute serait-il utile d’opérer une distinction entre souvenir et mémoire. Ces deux mots tendent à devenir, à tort, interchangeables.
Or le souvenir c’est du passé comme passé que l’esprit tient en conservation. Je me souviens de tel évènement, visage ou parole. Tout cela est stocké quelque part dans mon corps, ma sensibilité et mon intelligence ; je peux le ramener à ma conscience. Mais ce passé est saisi comme passé. Il ne joue plus un rôle dans ma vie actuelle ou à venir. Je peux l’oublier sans que cela concerne ma vie présente, au moins consciemment.
Mais la réalité est plus complexe. Le passé n’est pas toujours neutre et le retour de souvenirs est parfois plein de conséquences. C’est là que se place la fonction distincte de la mémoire par rapport au souvenir. Ainsi lorsque le souvenir d’un accident est pour moi non seulement un fait passé mais invitation à la prudence, là est le travail de mémoire. Il ne suffit pas de pousser des enfants à se souvenir du nom d’un enfant mort (juif ou autre) ; la question est « à quoi sert ce souvenir pour guider mes pensées et mes actes, en tant que sujet et citoyen ».
Cette distinction est capitale car nous sommes dans une période qui oublie ou refuse de se souvenir comme si vivre, avoir une histoire, c’était de vivre dans l’instant ou à partir uniquement d’un passé figé. Il est pourtant d’évidence qu’il ne peut y avoir d’histoire -individuelle ou collective- sans se souvenir de ce qui a été dit ou fait. La mémoire indispensable pour vivre humainement, avoir une histoire.
L’histoire n’est jamais une addition ou succession d’instants juxtaposés. Le souvenir de passé comme passé devient mémoire d’avenir. L’animal reproduit, l’homme invente. La psychanalyse nous a montré que l’oubli ou le refoulement ne veulent pas dire inexistence (cf. les actes manqués). Et ce qui est vrai pour l’individu est vrai aussi pour le groupe, la nation, l’humanité. Pensons à la reproduction de guerres, goulags, nettoyages ethniques au cours du 20° siècle et le 21° commence mal !
L’originalité chrétienne en ce domaine.
La question du souvenir et de la mémoire est au coeur de la vie chrétienne, héritière du Judaïsme sur ce point : « n’oublie pas …souviens toi » sont des expressions qui reviennent sans cesse dans les textes de l’Ancien Testament.
se souvenir de l’Alliance irréversible
proposée par Dieu
ne pas oublier : pour le peuple ce
sont ses propres infidélités.
Et dans le Nouveau Testament : « Faites ceci en mémoire de moi » de Jésus. Chez les chrétiens il y a un lien essentiel entre mémoire et Eucharistie qui est aussi avenir ; « faites » le en mémoire de moi.
La mémoire n’est pas un mémorial au sens d’un acte du passé mais une mise en route ; le passé n’est pas un poids lourd pour l’avenir il est un lieu où l’avenir trouve sa raison d’être, tout en invitant à créer des formes adaptées pour l’exprimer.