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Notre rubrique "Sujet du mois" du prochain Côté Soleil aura pour thème :

J’ai rencontré M. N. au début de son hospitalisation. Dans une conversation sereine et confiante, il m’a dit qu’il avait réfléchi sur la maladie et la souffrance, qu’il avait donné des conférences sur la patience et la confiance en Dieu au temps de la maladie.
Quelques temps après, sa maladie s’est aggravée. Son moral en a été très atteint. Il a ressenti une tristesse profonde, un vide inhabituel, la dépression. Croyant et pratiquant assidu depuis toujours, il n’a pas pu prier…
Nous rendons-nous compte de la grande fragilité humaine, au point de vue moral et au point de vue physique ?
Une jeune femme musulmane
Je me rappelle Malika, une jeune femme musulmane, à qui on venait d’apprendre qu’elle avait un cancer. Dès qu’elle m’a vu, ayant remarqué la petite croix sur ma veste, elle a déversé pendant quelques bonnes minutes, sa révolte contre Dieu, en disant beaucoup d’insultes à Dieu. Dans sa colère totalement déchaînée, elle a ajouté : « Je relève ma tête haute devant ce Dieu mauvais. Je lui dis en pleine figure qu’il n’est rien, le dernier des riens. Je n’ai pas peur de lui, aucun respect du tout ! »
Car cette femme vient de voir que sa vie est finie, que ce qu’elle espérait se dissipe comme un filet de fumée. Or cet écroulement est impensable, inacceptable. Elle le rejette de toute la force de sa colère. Par la suite, Malika s’est calmée. Je l’ai revue plusieurs fois pendant le temps de son traitement de chimio. On a pu s’accepter, l’un en face de l’autre, s’écouter vraiment.
Chaque personne malade « cherche son chemin » C’est surtout l’écoute qui est importante dans la rencontre avec une personne malade. En effet, le malade sent et ressent énormément les choses : dans le corps, des souffrances physiques. Et un certain nombre de questions. Un film intérieur par rapport à ce qui va venir demain ou après-demain. C’est avec soi-même en premier lieu que le malade est en discussion sans fin, lancinante, obsédante. Des nuits sans pouvoir dormir.
Chaque malade, confronté à son épreuve, cherche comment réagir. Discuter avec soi-même, c’est surtout tâtonner pour chercher où poser ses pas, pour avancer dans un tunnel.
J’aime bien dire que « je me prête », à côté de celui qui cherche son chemin. Je l’écoute avec beaucoup d’attention et de respect. J’accepte d’être à côté de l’autre, dans son travail à lui, pour faire émerger sa propre parole.
En cela même, ce qui est infiniment humain se vit dans la rencontre entre deux personnes. Cela s’appelle un accompagnement. Il est important d’accompagner un homme, une femme, dans son combat, décisif peut-être, combat ultime peut-être.
Quelle Parole ?
Je me rappelle en particulier la question d’un homme malade du coeur, hospitalisé à St Joseph, alors que sa femme était mourante dans un autre hôpital. Son drame, c’est que son propre état ne lui permettait pas d’aller voir sa femme… : « Vous qui êtes prêtre, vous croyez ?...Que me dites-vous ? Que puis-je croire ? » A ces questions aussi personnelles, j’ai répondu qu’il avait le temps (peu ou beaucoup), pour trouver sa vérité et qu’il avait du chemin à faire personnellement. Mais il faut dire que dans cette recherche, il y a une place pour les autres avec lui. (Moi-même, je suis dans le nombre des autres)
Je me rappelle M. André, qui n’a pas accepté de mourir. Avec lui, le dialogue est facile : il a parlé beaucoup de lui-même, de son travail, de sa famille. Mais il évitait de parler de la mort.
J’ai marché comme à côté de lui, jusqu’au bout de son chemin de maladie. Il « s’est éteint ».
L’autre est un tissu de secret et de mystère. Je me sens tout-petit devant le drame vécu par les autres. L’essentiel, c’est que l’autre fasse son chemin, comme il l’entend. Tant qu’il est là , son combat n’est pas terminé. C’est déjà grand qu’il m’accepte pour l’écouter et dire quelques paroles.
Dans les rencontres avec les malades, J’AI VU
Chaque personne vit et réagit selon une attitude intérieure fondamentale, qu’elle a choisie, même sans se la dire clairement, pour donner à sa vie le sens d’un chemin qui avance, que ce soit dans la tempête ou dans le calme.
Sans ce choix, même implicite et partiel, la personne est en quelque sorte traînée de force. Il existe en fait une ressource intérieure à l’être humain pour être soi-même, jusqu’à l’extrême. Le coeur de l’homme est créé libre pour choisir…
C’est vrai que dans les tempêtes, il y a beaucoup de naufrages. J’ai vu un certain nombre de malades traverser leurs maladies et leurs souffrances… dans la sérénité. Même la souffrance et la grande faiblesse ne les empêchent pas d’être vraiment présents avec les autres et communiquer, par quelques mots, mais surtout par le regard et le sourire. Leur attitude positive consiste à faire face aux épreuves et aux souffrances en faisant confiance. Vivre, c’est répondre oui à la vie. J’ai vu de tels « TÉMOINS DE LA VIE ». Je me souviens toujours d’eux.