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Notre rubrique "Sujet du mois" du prochain Côté Soleil aura pour thème :

Cette phrase du « Notre Père » est-elle audible quand elle surgit pendant les funérailles d’un enfant, en laissant croire que Dieu trouverait l’accomplissement de sa volonté dans cette mort ? Dieu trouverait-il quelque plaisir dans un tel événement ?
Or cette phrase est aussi sur la bouche de Jésus, dans le récit de la Passion rédigé par Saint Matthieu. Jésus est à l’agonie : « Il tombe la face contre terre en faisant cette prière : ‘Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi. Cependant, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux’. » (26,29). La volonté du Père est-elle la mort de Jésus ?
En maintenant liées la mort de l’enfant et la mort de Jésus à la volonté du Père, nous ne pouvons que dépeindre un Dieu pervers et sadique dont la volonté fait fi de la souffrance. Il écrase l’homme comme un rouleau compresseur.
Alors, peut-on faire une autre lecture ? Je propose ainsi la réflexion suivante.
Dieu n’est pas complice du malheur qui tombe sur l’homme. Il a mieux à faire que cela.
Dieu n’est pas dans l’épreuve qui met à mal l’homme.
Dieu ne peut être que le « compagnon de la traversée » du malheur et de l’épreuve qui viennent serrer l’homme à la gorge. A l’agonie, Jésus ne peut pas vouloir l’épreuve pour elle-même, ni comme un geste de réparation, ni comme un jouet de torture avec lequel Dieu s’amuserait.
Mais Jésus peut, en même temps, manifester sa répulsion devant l’épreuve qui s’impose à lui, une épreuve qu’il n’a pas choisie, mais face à laquelle il ne peut s’esquiver (l’adversité de la mort signe l’adversité de ceux qui veulent le faire taire) et chercher à discerner et à découvrir un « chemin de fidélité » à l’amour de Dieu. Il découvre que cet amour n’est pas tout puissant au point de provoquer une évacuation de l’épreuve ou du malheur ; mais il sait que cet amour ne lui est pas retiré et qu’il le soutient dans le péril de cette traversée du malheur et de l’épreuve.
En s’adressant ainsi à son Père, Jésus est au plus profond de l’angoisse dépressive, le trou noir. Et c’est du fond de ce trou noir que re-surgit une étincelle d’espérance à la fois vacillante et ferme, comme le dit le psaume appelé le « De profundis ».
Des parents peuvent-ils aussi être au fond de leur détresse et, dépassant peu à peu la révolte et la colère, s’autoriser à laisser renaître un peu d’espérance et de goût de la vie ?