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Notre rubrique "Sujet du mois" du prochain Côté Soleil aura pour thème :

Pour se présenter, au début de son travail psychanalytique, Prunelle avait annoncé : « J’ai perdu ma mère quand j’avais huit ans. Ça ne m’a rien fait… »
Maintenant, quand elle regarde ce travail dans le rétroviseur, elle constate : « Pendant longtemps, je n’avais que des dates pour parler de ma vie, il n’y avait rien derrière ces dates…. Le vide… »
« J’ai perdu ma mère à huit ans… », une rupture précoce et mal entourée qu’elle avait réduite à un fait divers, une date. La douleur de cette séparation, qui en répétait d’autres, douleur trop insupportable, l’avait amenée inconsciemment à enfermer tout un pan de sa vie psychique derrière un verrou, pour ne plus le savoir. Le plus vivant de son histoire psychique étant barré, c’était forcément « le vide »
Pourtant, « …à chaque échec je disais : ça n’a pas de sens ! C’est ça qui m’a amenée à l’analyse » Sous l’affirmation péremptoire « ça n’a pas de sens ! », une question insistait : qu’est-ce que ça veut dire ?
On ne sait pas pourquoi on se met en route, sinon parce qu’il y a de la douleur, des questions… C’est d’abord en creux que le sens se dit
Pour se risquer sur le chemin de la douleur enfouie, il faut un passeur ! Un autre radicalement « autre ». C’est quand il y a quelqu’un pour l’écouter que la question peut se poser, que la parole peut surgir et, un jour, être reconnue comme sienne. Il faut quelqu’un pour pointer l’horizon en acceptant qu’il échappe autant qu’il attire Trouver les mots c’est en même temps les perdre « Ce n’est pas vraiment ce que je veux dire… » Les mots vrais mettent longtemps à venir. Le sens échappe toujours. En parler c’est risquer de le détruire, parce que c’est toujours inadapté.
C’est dans les séances où Prunelle se désespère : « je ne comprends rien à ce que je dis… », que l’analyste, pressent, émerveillé, quelque chose d’une naissance… C’est au moment où elle perd pied, dans un mouvement où se mêlent la colère et la détresse de petite-fille laissée à son impuissance… que pointe une parole nouvelle
On ne le sait qu’après qu’une parole fait naître ! Quand on le sait, elle est déjà dépassée… Comme le vent, on ne peut la retenir !
Christiane BARCET, psychanalyste