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Je regarde deux bambins adorables se flanquer une belle peignée et ce pour un enjeu dérisoire, s’attribuer chacun pour soi un même domaine d’environ un mètre carré ! Pourquoi donc, sinon éliminer un adversaire inacceptable.
Simple évènement banal ou expression à leur âge d’un phénomène que nous traînons tous, tout au long de notre vie ? Il s’agit de la place ou de la part de l’autre dans notre vie. Le rôle important qu’a joué l’individu au cours du 20° siècle dans la pensée occidentale, réapparaît ici et pas seulement, la dictature du « JE ». Mon statut de sujet aurait-il réussi à exclure toute place à l’autre, réduit à être un objet à supprimer. Ce que pour employer un mot bien savant on appelle le refus de l’altérité. Et pourtant ! N’est ce pas déjà ce que nous disent les religions juive et chrétienne dans ce récit si symbolique des origines ; à savoir que depuis toujours (ou à la racine de tout acte humain ici et maintenant) on trouve cette tentation du rejet de l’autre. Lorsque l’être humain découvre que ce serait sans doute bien s’il pouvait se passer de l’autre, quel qu’il soit, Dieu, le conjoint, le frère. A cette perspective le réveil d’une toute puissance possible peut alors nous faire craquer. Je n’ai pas besoin de l’autre pour exister, être moi. Mais la réalité ne me permet pas d’être dupe de mes rêves. N’est pas Robinson Crusoé qui veut, et de toute manière c’est une situation passagère. Il lui faudra revenir sur le continent de la raison.
Et pourtant ! C’est ce que nous montre et démontre la psychologie de nos inconscients, à savoir que nous ne naissons que si nous sommes reliés. Il nous en reste une trace au cÅ“ur de notre chair. Trace décisive même si ce lien est coupé pour que nous devenons autonomes ; et jamais totalement pour la santé, la connaissance et aussi pour vivre au quotidien. Il me faut accorder une place à l’autre ; et n’ai pas que « le droit de… » il y a aussi un « devoir de ».La présence de l’autre est essentielle et n’est pas le résultat d’une décision solitaire de ma part.
Et pourtant. La dualité n’est pas un accident ou un défaut. Nous le découvrons dans la vie amoureuse ; sexe c’est-à -dire coupure, séparation que nous rêvons parfois de faire disparaître ; illusion dévastatrice. L’autre vécu comme« objet » est ce qui nous interdit d’accéder à l’amour, ce bonheur d’exister avec et pour l’autre. Avec des difficultés certes parfois et des tensions, car le pur amour, les mystiques nous le disent, reste une aspiration, un horizon. Le mythe de l’Un, s’il se purifie avec le temps et l’expérience nous accompagne dans notre psychologie profonde, de la naissance au jusqu’au dernier souffle. Les deux tout petits dont nous parlions expérimentent à la fois leur jalousie dévorante et la recherche d’un espace, d’un entre-deux, qui est le vrai moyen de vivre.
Il nous appartient dans une patiente construction de refuser la fusion/confusion, l’exclusion toujours porteuses de mort, pour aller vers la délimitation d’un espace en ouverture que nous allons peu à peu créer et partager, habiter ensemble. Cette oeuvre d’humanisation n’est pas la création d’un jardin mythique des origines mais d’un jardin travaillé de nos efforts pour des fleurs à contempler et des fruits à partager et « cela est beau, est bon » dans ses efforts même.