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Notre rubrique "Sujet du mois" du prochain Côté Soleil aura pour thème :

La mission fait partie de la vie, de l’être même de l’Église depuis ses origines : nous le redisons chaque fois que nous récitons le symbole de Nicée-Constantinople : "Je crois en l’Église une, sainte, catholique et apostolique". ‘Apostolique’ est de même origine que le mot ‘apôtre’ : un apôtre est un envoyé et une Église apostolique est une communauté envoyée. Cela dit, cet envoi peut être vécu de multiples manières. Vers 1930, à l’époque de "Tintin au Congo" et des expositions coloniales, la mission était vue essentiellement comme une première annonce de la foi chrétienne aux populations animistes ou réputées ‘païennes’.
Et voici qu’en 1943, en pleine guerre, paraît un livre au titre-choc "France, pays de mission". Les abbés Godin et Daniel dressaient un constat de déchristianisation et appelaient à de nouvelles formes d’action pastorale. Le thème n’était pas complètement nouveau, puisque déjà dans les mouvements d’Action Catholique, depuis la fin des années 20, on avait l’ambition de "refaire chrétiens [ses] frères". Mais cette analyse frappa les esprits et, après la guerre, dans une France qui voulait se reconstruire, contribua à mobiliser les énergies. L’archevêque de Paris, le cardinal Suhard, publia en 1947 une lettre "Essor et déclin de l’Église" qui, avec une visée proche, eut également un grand retentissement. On avait compris que la mission commençait ici, en pays de vieille chrétienté, et nous concernait tous.
Cette prise de conscience prépara la réflexion conciliaire sur l’apostolicité de l’Eglise et la pratique missionnaire. La mission ne commence pas avec nous, mais c’est un mouvement qui a sa source en Dieu ; elle n’est pas pour ‘les autres’, mais concerne pareillement ‘Jeunes Continents’ et ‘Vieux Continent’ ; elle passe par une rencontre libre et vécue à hauteur d’hommes fondamentalement égaux.
La réflexion ne s’est pas arrêtée avec le Concile, loin de là - le grand texte de Paul VI "Evangelii Nuntiandi" (1975) en témoigne -, mais elle s’est approfondie dans le contexte de la décolonisation et de l’abandon social des références religieuses. On s’est rendu compte que la foi était profondément liée à la culture occidentale, que cette culture dominait la planète par son avance technique et, en même temps, devenait étrangère à la foi chrétienne. Les théologiens ont parlé alors d’inculturation, de ce lent travail d’apprivoisement par lequel la foi se fait proche d’une culture. Mais l’inculturation, qui se fait avec le temps, va trop lentement et, dans un monde de plus en plus rapide et qui veut des résultats, le mot d’ordre de la nouvelle évangélisation, plus attentif à l’annonce directe, va prendre le relais et rencontrer un certain succès.
Aujourd’hui, devant les limites d’une proclamation généreuse, mais où l’on risque de cultiver l’ignorance du contexte, on parle d’une autre forme plus modeste et plus humaine de pastorale : l’attention aux réalités travaillées par l’Esprit et disponibles à l’écoute de la Parole. On parle alors de pastorale d’engendrement. La mission se cherche encore et se poursuit toujours, car la Parole continue sa course dans notre humanité.