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Notre rubrique "Sujet du mois" du prochain Côté Soleil aura pour thème :

Le Concile Vatican II a constitué une étape essentielle dans l’histoire de l’oecuménisme : l’entrée d’une Église démographiquement majoritaire à elle seule dans un mouvement qui s’était dessiné d’abord en dehors d’elle.
La redéfinition catholique de l’Église comme se recevant d’un Christ Jésus plus grand que ses institutions, la reconnaissance de la liberté religieuse à la source de toute foi authentique, tous ces éléments – parmi d’autres – ont marqué des points de non-retour.
Personne ne pourra nier que des résultats sans précédents ont été obtenus dans les relations entre confessions chrétiennes : relations généralement apaisées, changements de procédure pour les "mariages mixtes", accords théologiques tels que la Déclaration Commune sur la Doctrine de la Justification en 1999, mise en place de structures de concertation permanentes, fusions d’Églises dans le protestantisme, documents tels que l’encyclique Ut unum sint (1995)… Nul non plus ne pourra nier qu’il reste beaucoup à faire et que des initiatives intempestives dans chaque courant confessionnel ont ralenti le processus de rapprochement entre les Églises du Christ.
Des freins
Cet effet de seuil tient surtout au fait que la pratique oecuménique n’a pas laissé indemne les diverses Églises chrétiennes, obligées de relire leur histoire hors de toute perspective cocardière ou de réévaluer les mots par lesquels elles portent leur témoignage sur le Christ.
Dans un contexte de mondialisation propre à faire se lever toutes formes de fantasmes identitaires, chacun des courants du christianisme (catholiques, protestants, orthodoxes) a vu émerger ses intégrismes, arc-boutés sur la chimère d’une transmission limpide et paisible, ou ses fondamentalismes, illuminés par l’imaginaire d’une origine en rupture avec le monde mauvais.
Les rapports de force nouveaux, mais mouvants, que dessinent ces intégrismes et fondamentalismes paralysent des ensembles religieux qui se sentent fragilisés par la croissance de la sécularisation.
Bien évidemment, la panne du mouvement oecuménique trouve sa source principale ici.
Les diverses autorités religieuses sont tentées par des compromis ou des coalitions souvent éloignés de l’Évangile qui reste à proclamer. Tant qu’elles n’auront pas saisi comment les intégrismes et fondamentalismes sont des accélérateurs de sécularisation et des succédanés d’idolâtrie, la marche évangélique vers l’unité sera freinée.
De nouveaux enjeux
Mais cette prise de conscience ne suffira pas. Car la marche oecuménique n’est pas seulement affaire d’états majors et de hiérarques. Elle concerne le peuple chrétien en son entier. Longtemps, le mouvement oecuménique a été porté par une figure importante de notre fonctionnement ecclésial occidental, à savoir le militantisme.
Comme en beaucoup d’endroits, le militant se fait rare et vieillissant. Cette caractéristique a pu contribuer à répandre dans les peuples de nos Églises la croyance selon laquelle l’oecuménisme serait une matière à option, réservée à quelques spécialistes ou entichés d’exotisme. L’enjeu est aujourd’hui de comprendre et faire comprendre que le mouvement oecuménique commence chaque fois que des croyants se rassemblent au nom de Jésus.
Aucun groupe accueillant le Christ ne peut se fermer sur lui-même.
Chaque communauté chrétienne doit intégrer le souci de tous les disciples de Jésus pour pouvoir entrer dans la prière même de Jésus (Jn.17, 21) : "Que tous soient un, comme nous sommes un, afin que le monde croie".
P. Pierre LATHUILIÈRE , prêtre catholique, Membre du Groupe des Dombes