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Notre rubrique "Sujet du mois" du prochain Côté Soleil aura pour thème :

A travers les différentes traditions qui s’entrecroisent dans la Bible, deux mots sont utilisés pour désigner les étrangers. Il y a un mot qui désigne l’étranger de passage (mokri) ; il est souvent considéré comme inassimilable mais il peut aussi bénéficier de l’hospitalité, celle qu’Abraham accorde à ses trois visiteurs au Chêne de Mambré (Genèse 18, 2-9) ou celle dont bénéficie Elisée auprès d’une femme étrangère (2 rois 4, 8-37). Il y a un autre mot pour désigner l’étranger qui réside dans le pays (guer) :
« Le guer vit parmi nous : en terre juive, dans un milieu juif, dans une ambiance juive ; il n’a pas embrassé la foi juive, mais il se conforme à ses coutumes et respecte ses valeurs. Ses amis sont juifs, ses clients aussi, ses fournisseurs, ses confrères, ses voisins : il n’est pas comme eux, mais il fait partie de leur société. La tradition juive se montre infiniment accueillante envers le guer. Personnage privilégié, le guer est une sorte d’élu. Nous avons le devoir de lui témoigner charité et compréhension… Il faut l’aimer. Avec le temps, le terme désignera un converti. » (Elie Wiesel, Paroles d’étranger, Seuil 1982, p. 139 à 142.)
« Quand quelqu’un venait habiter au sein du peuple d’Israël, du fait qu’il était résident, qu’il avait une carte de séjour comme on dirait aujourdhui, il finissait par être assimilé aux pratiques religieuses… La conversion, ce n’était pas tellement le fait d’adhérer à une autre idéologie, mais la volonté d’entrer dans l’histoire d’un peuple. » (Josy Eisenberg et Bernard Dupuy, l’étoile de Jacob, Cerf 1989, p. 193)
On pourra retenir alors deux versets inscrits dans les grands livres qui constituent l’armature morale et religieuse du peuple d’Israël, la Torah : « Tu ne molesteras pas l’étranger ni ne l’opprimera, car vous-mêmes avez été étrangers dans le pays d’Egypte. » (Exode 22,20) ; « C’est Dieu qui fait droit à l’orphelin et à la veuve, et il aime l’étranger auquel il donne pain et vêtement . » (Deutéronome 10,18). L’exigence de l’accueil de l’étranger est mise ici en lien avec l’expérience d’Israël, soit dans son séjour en Egypte (qui relève plus de la légende que de l’histoire) soit dans sa déportation à Babylone au 6ème siècle.
On peut poursuivre l’enquête sur le statut de l’étranger en évoquant la première page des Actes des Apôtres : parmi tous les résidents à Jérusalem attirés par le bruit de la Pentecôte sont nommés les prosélytes : ils entendent eux aussi, publiées dans leur langue, les merveilles de Dieu (Actes 2,11). Cet événement conduira, quelques années plus tard, aux propos de Saint Paul : il n’y a plus ni juif, ni païen dans la foi qui rassemble les croyants en Jésus. Enfin sera abolie la séparation introduite par la circoncision. Cela ne veut pas dire que ne demeurent pas des différences et que tous doivent être ‘formatés’ selon le même modèle. Cela introduit à une meilleure reconnaissance de l’autre : cet ‘étrange étranger’ est-il capable d’être reconnu comme frère ? quel chemin de reconnaissance est possible ?
Hier, dans cette perspective juive et chrétienne, la reconnaissance se tissait à partir d’une adhésion à une confession de foi commune ou, au moins, à partir d’une mise en oeuvre d’une tolérance acceptée. L’histoire nous fait connaître la fragilité de cette reconnaissance : elle est loin d’être une règle universelle et une pratique constante. Que peut-il en être aujourd’hui ?
Christian BIOT