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Depuis « la crise » nos responsables politiques ou intellectuels chantres du capitalisme se posent en prophètes d’une sortie. En vain. Mais pourquoi dans ces réflexions parle t-on si peu ou pas de l’économie sociale et solidaire ? Nous n’avons sans doute pas besoin de messies ou de révolutionnaires pour inventer notre avenir !
Vous connaissez ce « Tiers secteur » comme on dit, composé de trois familles : les coopératives, les mutuelles et les associations. Ce qui représente 10% de l’emploi salarié (sauf l’agriculture regroupée dans l’AMAP) et 8% des salaires. Les Coopératives à elles seules représentent un chiffre d’affaires de 370 milliards d’Euros. Toutes ces entreprises sont regroupées dans une structure régionale appelée CRESS (chambre régionale de l’économie sociale et solidaire) et au plan national existe un Conseil National qui fédère 200.000 établissements et 2.100.000 salariés. Ce n’est pas rien. Trop peu ! diront certains pessimistes. Mais le petit David de notre mythologie est là pour nous rappeler que le géant a aussi ses fragilités. Il faut la finesse pour les découvrir et l’audace pour les utiliser à son profit.
Mais ce qui est le plus original ce sont les principes qui animent ce secteur. Le premier est que l’homme est au cœur de l’économie sociale et solidaire et constitue sa finalité. Il y a donc une primauté de l’homme sur le capital ; c’est un principe non lucratif, ce qui ne veut pas dire un principe d’appauvrissement comme ont voulu le faire croire des idéologues du capitalisme. En mettant l’argent comme seule valeur du capitalisme on voit où nous en sommes. Parmi les autres principes un homme a une voix, pour conduire de façon démocratique l’entreprise (petite ou grande) autrement. Il faut aussi affirmer et tenir l’intérêt général et la dimension sociale de l’existence et du travail.
Cette vision se veut donc, en définitive comme une alternative de société, exprimée sous la forme théorique du « sociétalisme ». N’oublions pas que l’idée et la pratique du « commerce équitable », entre autres, est née de ce mouvement ainsi que la pratique d’investir les bénéfices financiers de l’entreprise dans la structure pour développer et servir les hommes.
De ces analyses, que pouvons nous tirer comme conséquences ? Tout d’abord nous ne sommes pas sans alternative possible à la crise. Si le capitalisme semble être à l’origine d’un enrichissement il est aussi le responsable de la crise que nous connaissons. Mais nous ne pouvons pas oublier que cette toute puissance idéologique et financière de l’argent dépend aussi de notre passivité citoyenne. Encore aujourd’hui, combien sont prêts à entendre résonner dans leur vie les mots « responsabilité » ou « solidarité » ou « gratuité ». Pour gagner il ne suffit pas d’attendre il faut investir, de soi, de l’humain. Même si le bénévolat ou volontariat est encore bien réel, il a connu un désinvestissement préoccupant.
L économie sociale ne peut pas s’imposer et ne le veut pas ; elle veut convaincre, attirer l’adhésion des hommes en faisant ses preuves. Elle est déjà implantée. Même si elle est minoritaire dans à peu près tous les secteurs de la société : formation, éducation populaire, production, social et santé, services, loisirs…Il faut un sursaut collectif pour sortir de l’impasse actuelle. C’est donc à un changement de conception du travail, de l’entreprise qu’il convient de procéder, sans détruire inutilement.
C’est dans ce contexte que va se tenir les 13 et 14 Octobre 2009 à Besançon le 16° Congrès du Coorace sur le thème « Entrepreneurs solidaires : agir pour une économie au service de l’homme ». On ne peut être plus clair.
Certes ce n’est pas encore demain qu’une multinationale prendra la forme et les principes d’une structure d’économie sociale et le capitalisme possède encore le pouvoir redoutable de l’argent. De plus il faut compter sur nos propres lourdeurs citoyennes et une soumission à la fatalité (illusoire) d’un capitalisme idéologique. Nous devons donc nous livrer à une analyse approfondie de ce qui a fait que l’argent, de moyen est devenu la fin. Mais si tous et chacun, peu à peu, nous faisons bouger nos cadres de pensée et nos structures politiques et sociales ; si peu à peu nous mettons en pratique les gestes et les valeurs d’une conception humaine de la vie et du vivre ensemble ; si nous gardons confiance et soutien à nos réseaux bancaires, alors l’économie sociale et solidaire pèsera d’un poids de plus en plus lourd dans le monde des affaires et le capitalisme devra lui aussi réinterroger ses perspectives et pratiques.
Gardons l’espérance, parfois nocturne, et le courage militant. Nous le devons pour nous mais d’abord pour le bonheur des générations qui viennent.
Albert Desserprit
L’auteur de ce texte connaît bien l’Economie Sociale et Solidaire. : Il a participé à la mise en place du GRCMA (Groupement Régional des Coopératives, Mutuelles et Associations), devenu la CRESS Rhône Alpes Il a été pendant 13 ans le Directeur de l’URIOPS Rhône Alpes Et pendant 10 ans il a été le Secrétaire de l’Association ESSSE ( Ecole Santé, Social Sud Est) à Lyon.