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Notre rubrique "Sujet du mois" du prochain Côté Soleil aura pour thème :

Dans la bible, au livre de l’Exode, Moïse conduit le peuple des Hébreux. Il sort ce peuple du pays d’Egypte et le conduit au désert, en route vers ‘la terre promise’. Au milieu du désert, au Mont Sinaï, Moïse reçoit la Loi inscrite par Dieu sur des tables de pierre : les dix commandements. C’est dans ce texte que se trouve cette phrase : « Tu ne te prosterneras pas devant ces dieux (El) et tu ne les serviras pas, car moi, Yahvé, ton dieu, je suis un dieu (El) jaloux qui punis les fautes des pères sur les enfants … »
1. La jalousie de Dieu est une qualité, comme chez les humains. Au milieu des dieux disponibles dans le ciel, il y en a un, Yahvé, qui a conduit le peuple hébreux dans ce mouvement de libération et de constitution illustré par la sortie d’Egypte et par la traversée du désert. Ce geste donne à ce Dieu-là une place unique : il ne veut pas, il ne peut pas être confondu avec la multitude des divinités qui peuvent être évoquées sous le mot : El. Car ce mot, généralement employé au pluriel (Elohim) peut désigner indistinctement toutes les divinités du panthéon. Dieu exige qu’on sorte de la confusion du panthéisme pour affirmer la place unique de celui qui est désigné par ce mot imprononçable en hébreux, Yahvé (un mot formé de quatre consonnes). Dans cette exigence, Dieu manifeste la qualité première de la jalousie qui est aussi la qualité première de la jalousie humaine : ne pas être pris pour un autre ; ne pas voir sa place occupée par un autre. Il suffit de regarder la vie familiale pour découvrir l’importance positive de la jalousie : cet aîné qui voudrait occuper toutes les places (y compris celle de son père auprès de sa mère) doit bien se heurter à la jalousie des frères et des sœurs (et aussi de son père) pour qu’il soit à sa place. Car la place, si elle est une limite, est d’abord un élément constitutif de l’identité et de l’unicité de chacun. C’est elle qui permet l’édification des relations sous la marque du respect et de l’amour.
2. Dans son livre intitulé ‘La traversée du désert’, le professeur Raphaël Draï retrace le parcours imposé au peuple à travers le désert avec cette indication : l’invention de la responsabilité ( Fayard 1988). Arrivant à ce passage du livre de l’Exode, il précise le sens du mot ‘Jaloux’ traduit aussi par le mot ‘ardent’ : ‘El kana’. Dieu exclusif, Dieu jaloux : « Ces traductions (jaloux ou exclusif) manquent la signification originelle du mot hébreu. Kana se rapporte au mot Kinian, qui désigne en droit non pas l’appropriation matérielle, l’emprise ou la capture, mais l’acquisition légitime » … La relation de Dieu à l’humanité n’est pas une relation où Dieu serait propriétaire de l’humanité comme on peut être propriétaire d’un objet. Mais le mot suggère une relation entre deux sujets : « Le Dieu du Sinaï, au contraire des monarques imitateurs des césars pharaonés, ne se prétend pas absolu. Il se prévaut d’une alliance qui l’engage et l’oblige. » L’alliance ainsi inaugurée est l’expression d’une réciprocité où chacun doit tenir sa place sans développer le rêve ou l’ambition de prendre la place de l’autre et sans défaillir à cette place reconnue. Car la défaillance détruit l’alliance.
Heureuse jalousie !