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Notre rubrique "Sujet du mois" du prochain Côté Soleil aura pour thème :

Dans nos rapports sociaux ordinaires, l’argent doit rendre l’échange équitable. Il vient symboliser une absence, un manque, qu’il a aussi fonction de compenser. Il vient marquer une limite à l’illusion de toute-puissance.
Le dictionnaire Larousse indique que le mot payer vient du latin « Pacare » qui signifie aussi pacifier. Que faut-il pacifier, ou tenter de pacifier en payant, sinon l’envie d’avoir tout,l’avidité envieuse et les différents mouvements destructeurs dont on n’a même pas conscience.
S’acquitter d’une dette financière ne pacifie pas automatiquement. Témoin celui qui vient de mener une négociation importante et qui essaie de resquiller sur un ticket de bus. Ce « petit profit » dit peut-être qu’il y a toujours « un reste » à gérer.
La gratuité veut, bien sûr, sortir de ce cercle infernal du « tout s’achète » et « tout se vend ». Est « gratuit », dit le Larousse, ce qui est échangé « sans faire payer ».Ce serait une tentative de sortir de ce que l’argent n’arrive pas à solder. Tout ne passe pas par l’argent. On accepte que le profit puisse exister sans le rechercher. Mais alors, celui qui donne gratuitement, généreusement, comment fait-il avec la perte ?
Dans les meilleurs cas, il se dédommage avec l’estime de lui-même qu’il en éprouve, avec le plaisir de l’échange, avec la gratitude de celui qui reçoit. Il peut arriver aussi qu’on s’installe dans une forme de suffisance, d’emprise, où on « ferait payer » autrement, mais réellement. À l’extrême, « faire du gratuit » peut être aussi un retournement du mouvement d’envie : inconsciemment on croit qu’on peut se débarrasser d’un « manque à être » en le déplaçant chez l’autre. Sans parler des situations de domination, installées sous couvert de générosité et au prix d’un déni.
Et celui qui reçoit gratuitement, comment fait-il au-delà de la satisfaction immédiate, avec la dette augmentée, avec la rage d’être dépendant,avec l’impuissance... éventuellement transformée en exigence tyrannique, comme cet auto-stoppeur qui trouve les sièges de la voiture bien peu confortables ? Peut-être serait-il plus juste de penser les rapports sociaux non pas dans l’alternative « argent – gratuité », mais en termes d’échange. Il y a les échanges plus ou moins codifiés par l’argent. Il pourrait y avoir tout autres niveaux d’échange :« Tu me donnes... mais je vais aussi « pacifier » ma dette en donnant à mon tour (à toi ou à quelqu’un d’autre) ce que je sais faire, ce que je peux apprendre à faire. »
S’il reste toujours une dette, n’est-ce pas parce que tous nos échanges sociaux s’inscrivent sur une dette de vie, laquelle suppose non pas qu’on « rende » la vie,mais qu’on la fasse circuler ?