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Notre rubrique "Sujet du mois" du prochain Côté Soleil aura pour thème :

Alors que les progrès de la science semblent repousser toujours plus loin les limites de la connaissance et du possible, il convient de s’interroger sur les enjeux et conditions de la recherche scientifique pour sortir d’un débat qui tend à la diabolisation ou à l’idéalisation. Entre l’image du savant omnipotent et celle du sage dans sa tour d’ivoire, c’est bien davantage en situation, confronté à des enjeux socio-économiques, éthiques que le scientifique travaille.
Ainsi le postulat « c’est possible donc c’est bien » recouvre une position à la fois simpliste et irresponsable. Simpliste car il suffit de se référer au cas bien connu de l’atome pour voir que ce qui est possible a tout aussi bien conduit à des avancées bénéfiques dans le domaine médical, tant en diagnostic qu’en thérapie, qu’au développement d’armes fatales pour le devenir de l’humanité. Irresponsable car c’est adopter un point de vue purement technique et s’affranchir de toute réflexion autour de l’exercice de son activité. Mais l’attitude duale qui consisterait à censurer systématiquement tout ce qui présente des risques potentiels serait tout aussi irresponsable, sclérosante et ferait courir le risque de passer à côté de réels progrès. Le débat actuel autour des nanotechnologies illustre bien cette question. De nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer les risques potentiels et s’opposer à leur développement et par là même aux avancées que ces dernières pourront amener dans des domaines tels que la santé ou les communications. De plus, ignorer ces nouvelles voies de recherche conduit à une politique de l’autruche qui laisse le champ libre à d’autres qui n’aborderont peut-être pas ces domaines avec la même éthique.
La rigueur d’analyse, l’objectivité, l’honnêteté de la démarche sont les garants d’un développement éthique des sciences. Dans cet esprit, le sujet est abordé en en explorant tous les aspects, tout aussi bien les bénéfices escomptés que les risques qui lui sont potentiellement liés. Cette démarche permet de mettre en œuvre les moyens de contrôle des risques encourus tant pour la nature que pour les hommes.
Cette vision idyllique est toutefois nuancée par les contraintes économiques inhérentes aux travaux de recherche scientifique et technologique. Le nerf de la guerre est bien souvent financier et piloté par le retour sur investissement des travaux mis en œuvre. En imposant des priorités dans les travaux de recherche, l’impératif économique conduit à négliger certains aspects d’un développement, qui s’avèrent peu rentables ou contraires à l’objectif premier visé. Peut-on creuser certaines pistes si elles risquent de nuire au profit escompté ? Ainsi, en est-il des recherches engagées dans le domaine de la santé, qui dans nos sociétés développées sont prioritairement orientées vers la prise en compte des problèmes de santé relatifs aux modes de vie et au vieillissement de la population. En conséquence, il est beaucoup plus difficile d’obtenir des programmes de recherche traitant de problèmes de santé pourtant vitaux pour les sociétés défavorisées, tel le paludisme.
Ces choix d’orientation renvoient aux réalités politiques et économiques de notre société. Le chercheur y contribue par une démarche honnête et rigoureuse qui doit permettre d’apporter au débat tous les éléments nécessaires pour opérer des choix. Il y contribue avec ses propres convictions, avec son éthique, sans pour autant mettre à profit ses compétences pour imposer sa propre idéologie.