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Notre rubrique "Sujet du mois" du prochain Côté Soleil aura pour thème :

D’une façon générale, il est assez difficile de nier l’influence chrétienne dans le développement de l’action sociale. Quand, en plus, on est travailleur social dans une ville comme Lyon, c’est encore un peu plus délicat puisque de nombreux équipements sociaux de cette ville ont d’abord été des "Å“uvres charitables", créées par des religieux ou par des personnes très proches de l’église.
Ainsi, en ce qui me concerne, avant d’intégrer la CAF (Caisse d’Allocations Fami liales) de Lyon comme directeur de centre social, j’ai travaillé de nombreuses années dans le secteur du logement social, notamment dans les Foyers de Jeunes Travailleurs appelés à Lyon les MAJO (Maison d’Ac- cueil du Jeune Ouvrier).Comme par hasard,c’est un jeune jésuite, le Père Gabriel Saint Olive, qui, en 1929, créa la première MAJO dans le quartier de la Guillotière, 10 rue Cavenne. Et, pour ce jésuite, à cette époque, le fait de créer un Foyer d’héberge ment était non seulement un moyen de venir en aide à de jeunes apprentis venus des campagnes mais c’était aussi une occasion d’éduquer ces jeunes suivant la morale chrétienne…
Comme on le voit, à ce moment là , le social n’était pas très loin du caritatif et du religieux.
Comme on le voit, à ce moment là , le social n’était pas très loin du caritatif et du reli- gieux.
Et aujourd’hui, quelle est la situation ? Est-ce qu’il y a toujours le même lien entre le social et le caritatif (ou entre le social et le religieux) ? En d’autres termes, est-ce que ma foi chré- tienne influe sur l’engagement humain que je peux avoir du fait de ma profession de travailleur social ? Effectivement, si j’analyse certaines des ini- tiatives que j’ai pu engager ces dernières semaines comme directeur de centre social, je pense qu’il y a un certain rapport avec ma foi en l’enseignement de Jésus Christ : croire en l’homme, croire en la capacité de chacun d’évoluer, refuser que l’on fasse à quelqu’un (si petit soit-il) ce que je ne vou- drais pas que l’on me fasse (ou que l’on fasse à mes enfants), refuser la lâcheté, l’in- justice, les discriminations …
Vaste programme que je retrouve dans la devise du journal Témoignage Chrétien : "Vérité et Justice quoi qu’il en coûte".
C’est en m’appuyant sur ces convictions que j’ai organisé il y a quelques semaines au centre social des rencontres entre les per sonnes prostituées du quartier de Gerland, les riverains et la très peu catholique asso- ciation de santé communautaire Cabiria, qui travaille au quotidien avec les personnes prostituées et avec laquelle j’avais pris contact.
Pour certains adhérents du centre social, cette initiative était tout simplement "dépla cée" ("on ne parle pas avec les prostituées, surtout dans un centre social ").
Pour moi, au contraire, compte tenu du comportement discriminatoire de la police et de la préfecture vis-à -vis des personnes prostituées de Gerland, ce type de ren- contre, centrée sur le thème du "vivre en- semble", était nécessaire pour lutter contre l’ostracisme dont étaient victimes les per- sonnes prostituées, pour faire tomber les barrières entre les gens et faire en sorte que, au moins, les gens se parlent et s’écoutent sans tomber dans la provocation, de part et d’autre.
C’est la même attitude qui me pousse, de- puis plusieurs mois, à ouvrir le centre social aux personnes étrangères dites "sans pa- piers" qui vivent dans le quartier, notam- ment en Foyer d’hébergement d’urgence. Les enfants de ces familles fréquentent les écoles du quartier, les familles font leurs courses dans les magasins de proximité, mais, bizarrement, rien n’était prévu avec les services sociaux pour que ces mêmes enfants participent aux activités du centre de loisirs organisées par le centre social du quartier. Une fois cette étape franchie, cela nous a permis ensuite de travailler avec ces familles, de proposer des cours d’alphabétisation ou de Français Langue Etrangère (FLE), de mieux comprendre la situation administrative de chacun et, progressive ment, de lier des contacts étroits avec Réseau Education Sans Frontières (RESF), Médecins sans Frontières (MSF) ou la CIMADE pour prendre en charge certaines si tuations et même participer activement à des "parrainages républicains". Sur ces deux exemples, j’ai la chance d’avoir obtenu jusqu’à présent le soutien des membres du Conseil d’Administration et des salariés du Centre Social. Pour quelles raisons exactement, je n’en sais rien officiellement.
Sans doute, pour certains, en raison de leur propre conviction religieuse et, pour d’autres, en fonction de leur conviction poli- tique ou syndicale.
En fait, pour moi, je crois qu’il s’agit surtout de faire partager collectivement le respect de la dignité humaine... notion que je retrouve tout autant dans les croyances religieuses des uns et des autres que dans les valeurs de l’éducation populaire et de l’action sociale que je suis sensé défendre. Du coup, pas la peine de chercher à savoir si le social prime sur le caritatif ou si c’est l’inverse. Qu’importe pourvu que l’on bouge !
En revanche, ce qui pose problème c’est quand je retourne la question de départ : comment mon engagement humain influe-t- il sur ma foi chrétienne et sur les prises de position publiques que j’attends de mon Eglise ?... Là , il y a quelques désillusions...