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Par prudence ou souci maniaque d’exactitude je suis arrivé en avance à ma consultation médicale Pourvu que je n’attende pas trop, me dis-je, lorsque je pénètre dans la salle d’attente. Je regarde les lieux, les objets, les documents….et les patients. Je commence à passer mon temps que je ne peux pas gérer autrement.
Beaucoup, comme moi, connaissent cette situation. C’est une épreuve au sens d’obstacle qui m’amène à prouver ma capacité ou non à habiter un temps vide et imprévu. Et nous avons sans cesse des imprévus plus ou moins longs : attente d’un train ou métro, attente chez le coiffeur ou dans une file de voitures qui « bouchonnent » et font que nous rongeons notre frein.
Si nous additionnons tous ces moments ils constituent alors une sorte de paysage ou une réponse que je cherche, ou une page que je voudrais écrire mais ne peux démarrer. Si ces temps sont morts comme nous disons c’est que nous les avons laissés vacants. Je me demande comment les rendre vivants au quotidien, leur donner une densité humaine et les tisser avec le reste de mes activités.
Il ne suffit pas de relâcher la pression qui monte en moi ou de laisser l’imaginaire galoper à son rythme mais de donner sens en moi à ce temps apparemment inutile de l’ici et du maintenant : ce n’est pas un instantané à oublier mais le moment de me trouver une présence personnelle créative, heureuse ou difficile. Ce temps peut devenir mien ou je peux devenir moi par ce temps.
Ainsi l’autre qui est là devant moi dans la salle d’attente n’est pas simplement une image flottante que je regarde plus ou moins en le dé-visageant, mais il est là près de moi avec sa souffrance, son histoire, sa faim de santé, son nom. Cet autre devient alors peu à peu une page, ou un mot seulement peut- être, de ma vie ; même dans un instantané ou un silence.
Attendre s’apprend. Ce n’est pas une tension nerveuse ou une indifférence somnolente ; attendre c’est se mettre en disponibilité pour l’imprévisible nouveauté ; c’est préparer une re-centration créative ou ré-créative. Cette disponibilité psychologique ou méditative me remet en phase avec la cohérence que je cherche à mettre dans mon existence. Il faut du temps pour apprendre à se tenir aux aguets de ce que je ne vois pas toujours spontanément ou n’entends pas encore.
A chaque instant, y compris dans mes temps morts et mes jachères, la vie, généreuse, m’appelle à naître encore et encore.