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Notre rubrique "Sujet du mois" du prochain Côté Soleil aura pour thème :

Parmi les différentes pistes de réflexion proposées par Philippe MEIRIEU, il en est une qui me rappelle bizarrement une histoire vécue tout récemment avec un ado du quartier où je travaille.
Le dernier vendredi avant les vacances de Toussaint, un ado, Akim, actuellement en seconde au lycée de la Martinière, vient me trouver au centre social, accompagné de sa mère qui élève seule Akim et ses deux petits frères. Il est près de 18 heures. Dans le regard d’Akim, dans son attitude, dans ses premières paroles, je sens qu’ il est furieux et je me dis que quelque chose d’assez délicat s’annonce … mais je n’ai pas le choix ! A cette heure-là , une veille de vacances, je suis tout seul à être encore au boulot.
En quelques mots, il m’explique qu’il sort d’un conseil de discipline du lycée suite à une agression dont il a été victime quelques jours auparavant au sein du lycée : un autre élève, un redoublant, "un blanc", lui a sauté dessus sans raison, lui a donné plusieurs coups violents au point qu’Akim est tombé par terre en perdant connaissance un moment.
Pour Akim, c’est évident : cette agression est une agression "raciste" ! C’est parce que lui, Akim, est un "beur" que l’autre élève, le "blanc", l’a agressé !
En discutant avec Akim et sa mère, j’apprends qu’entre l’agression et le conseil de discipline, Akim est resté chez lui, suite à un arrêt maladie délivré par son médecin de famille et qu’il a passé ces quelques jours à ruminer tout seul. Il n’est revenu au lycée qu’aujourd’hui, avec sa mère, pour assister au conseil de discipline, persuadé que le conseil de discipline allait prendre une mesure d’exclusion du lycée à l’encontre de son agresseur !
Et, au lieu de cela, que s’est-il passé au conseil de discipline ? Rien … enfin, quasiment rien selon Akim, puisque son agresseur a seulement écopé d’un avertissement et d’une mise en garde précisant qu’il fera l’objet d’une surveillance étroite après les vacances !
Pour Akim, cette décision est insupportable et c’est pour cela que, avec sa mère, il veut aller porter plainte contre cet élève ! Il veut que justice soit faite par la police puisque, selon lui, les dirigeants du lycée sont incapables de prendre leurs responsabilités et ne veulent pas le défendre ! Et, comme il ne sait pas bien où et comment il faut faire pour porter plainte, il vient voir au centre social comment on pourrait l’aider …
Dans la discussion que nous démarrons tous les trois, je m’applique à prendre à témoin la mère d’Akim, même si elle ne dit toujours pas grandchose et j’explique que, d’après ce que je comprends, ça ne sert à rien d’aller à la police pour ce genre d’affaire puisque l’agression s’est passée à l’intérieur du lycée et que, selon moi, les responsables du lycée ont pris les choses en mains en convoquant un conseil de discipline en présence des deux élèves et de leurs parents, conseil de discipline qui a bien donné lieu à sanction puisque l’autre élève a reçu un avertissement appuyé d’une mesure de "surveillance" particulière en cas de récidive.
Évidemment, ce n’est pas tout à fait le discours qu’attendait Akim, mais j’ai l’impression que sa mère se montre un peu rassurée. Nous convenons finalement qu’il est important qu’Akim profite des quelques jours de vacances pour prendre un peu de recul par rapport à cette agression et qu’il réfléchisse à ce que l’on vient de dire.
Au cas où de nouveaux ennuis surviendraient dans le quartier de la part de l’autre élève pendant les vacances, nous décidons de nous revoir pour envisager quelle conduite tenir.
Après une bonne heure de discussion, Akim et sa mère repartent avec mon numéro de téléphone portable dans leur poche … au cas où.
Pendant toute la durée des vacances de la Toussaint je n’ai pas eu de nouvelles d’Akim ou de sa mère… jusqu’à ce que, le vendredi suivant la reprise des cours au lycée, je me retrouve de nouveau face à Akim, sans sa mère cette fois-ci. Évidemment, je me suis mis à craindre une mauvaise nouvelle.
En fait, de façon tout à fait surprenante pour moi, il venait me serrer la main pour me remercier et pour s’excuser de m’avoir fait perdre beaucoup de temps !
N’est-ce pas une illustration que, pour "grandir", Akim avait besoin qu’un adulte (autre que sa mère) en qui il ait confiance, lui permette de"temporiser", de prendre un moment de recul et d’analyser un peu les choses, évitant ainsi de "passer à l’acte" tout de suite, sans trop réfléchir.