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Notre rubrique "Sujet du mois" du prochain Côté Soleil aura pour thème :

Le thème de cette réflexion est complexe car il pose la question de la liberté de tout homme et de toute femme à travers les aléas, créatifs ou destructeurs de la rencontre avec l’autre dans la quête du bonheur de la réussite et de l’amour. Mais les voies pour y parvenir sont différentes. A titre d’exemple prenons trois phrases assez connues :
MONTAIGNE : "La vraie liberté, c’est pouvoir toute chose sur soi". ou soi tout seul.
SARTRE : "Je suis responsable de ce qu’on a fait de moi, c’est cela la liberté"’. ou les autres et soi.
Le CHRIST : "Tu aimeras ton prochain comme toi-même" Marc 12,31 ou soi, les autres et Dieu.
Le Christ introduit l’importance de l’Amour dans la relation à l’autre, ceux que je rencontre et à l’Autre, s’agissant de Dieu, si je suis croyant. L’amour serait plus fort que la haine dans la réussite d’une vie.
L’Amour et la Haine, la Paix ou la Guerre, forces de vie et de mort qui sont en jeu dans ce qui me construit ou me détruit, étant bien entendu que ces forces de vie et de mort peuvent venir des autres, de la société biologique, économique, politique, sociale ou venir de moi dans une autodépréciation ou dépression "je suis seul, je ne vaux rien, je suis nul".
A un ami qui me demandait :"Pourquoi les gens viennent-ils te voir en consultation ?", J’ai répondu spontanément "parce qu’ils ne s’aiment pas". A la réflexion j’aurais pu dire aussi "parce qu’ils s’aiment trop, et ne communiquent pas". Je suis nul ou le meilleur sont deux façons d’être seul. La solitude serait mauvaise conseillère dit-on !
L’homme est un être d’échanges, de nature instinctive, émotionnelle, affective, intellectuelle culturelle, sociale, spirituelle….
Ces échanges commencent très tôt, dès avant la naissance. Des chercheurs ont fait l’expérience suivante : si on fait entendre à un nourrisson qui pleure la voix de sa mère (celle qui l’a porté) enregistrée dans la cavité abdominale, il cesse de pleurer – mais aussi celle de son père, entendue à travers la paroi abdominale de la mère. La première triade affective est constituée, génératrice de paix et de conflit : au commencement était la parole.
La tension ou la détente apparaissent avec la naissance d’autres enfants éventuels ; c’est parfois la haine (Caïn et Abel) ou la paix.
J’aimerais maintenant aborder une question centrale, elle aussi, sur le thème de "connais-toi toi-même" de Socrate ou "Je est un autre" de Rimbaud. Il est difficile, déjà , d’être au clair avec soi même et encore plus difficile de connaître l’autre ; et tout cela ne peut se résoudre que par le dialogue. La guerre n’apparaît que par l’échec du dialogue (dialogue : parole à deux) exemple : Israéliens et Palestiniens.
Chacun de nous met dans la tête de l’autre des pensées, des sentiments qui n’y sont pas. Autrement dit, moins on communique, plus on a des chances de se tromper. C‘est comme cela que naissent le racisme, le divorce, le communautarisme, le sectarisme, le totalitarisme voire le terrorisme.
Le regard de l’autre me révèle à moi-même et mon regard le révèle à lui-même. Dans la mythologie grecque Narcisse se noie dans sa propre image reflétée dans l’eau. L’image la plus réelle de moi est la synthèse de la perception de ce que je crois être et celle des autres qui me voient de l’extérieur. J’ai été souvent étonné d’entendre dans les conflits de couple, l’un des deux conjoints dire à l’autre, parfois après des années, voire des décennies de vie conjugale, "tu mens" ; ce qui est caractéristique de la non écoute dans la vie commune, à condition que le mensonge ne soit pas une réalité objective. Après des années, on peut mettre dans la tête, de l’ami, de l’enfant, du conjoint, de l’autre plus lointain voire anonyme, des pensées qu’ils n’ont pas ou qu’ils n’ont plus. L’écoute vraie et renouvelée est donc fondamentale.
Dans les Évangiles, j’ai toujours été étonné de la nouveauté de l’écoute vraiment personnelle du Christ qui parle à l’intime (ce qui est caché au regard de l’autre et aussi de soi-même, les psy disent l’inconscient). Jésus devine et révèle à la Samaritaine sa réalité. Au fond chacun d’entre nous n’a t-il pas à imiter le Christ dans son écoute faite de patience, d’intuition. Aimer serait se laisser deviner et être compris, deviner et comprendre l‘autre sans pour autant devenir totalement transparent, c’est-à -dire transpercé donc inexistant ou mort. Il convient de garder ses secrets, son mystère.
"L’homme, ce misérable petit tas de secrets" dit Malraux.
Dans cette condition humaine l’autre l’autre intervient comme porteur de construction identitaire. Ce qu’on appelle le mouvement d’identification ou de contre identification à des modèles.
Dans l’enfance, je veux être papa, maman ; à l‘entrée dans l’adolescence s’opère le mouvement inverse, je ne veux pas être comme ou je veux être contre (tout contre). L’adolescence se construit en s’opposant au désir parental : le pouvoir de dire oui ou non à la loi : oui quand on la pense juste, non quand on la pense injuste.
La vie non plus n’est pas "un long fleuve tranquille" ; toute vie est émaillée de déceptions ou échecs, de conflits ou séparations, de traumatismes ou de deuils, de tsunamis de toutes sortes. Ces crises peuvent être l’occasion de remises en question de soi et de l’autre, du fonctionnement des institutions politiques ou religieuses, européennes et planétaires et amener à une résolution ou à une prévention des dangers qui menacent.
Ne serait-ce pas cela la Liberté ? En gardant en mémoire que c’est plus facile de vouloir changer l’autre que de se changer soi-même pour le bien de tous ?
Marc BEAUDET Médecin Psychiatre