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Notre rubrique "Sujet du mois" du prochain Côté Soleil aura pour thème :

Il existe actuellement en France un large champ de consensus éthique, dont nous ne sommes pas toujours conscients. Les points sur lesquels la parole religieuse – tout spécialement catholique – est amenée à faire entendre sa différence sont en nombre limité. Ils concernent moins ce que l’on nomme les « valeurs » (terme vague) que les enjeux anthropologiques, c’està - dire la conception fondamentale de l’humain.
Le droit français n’hésite pas à se
référer à des principes. Trois principes
font actuellement l’accord des esprits,
même si, dans telle ou telle
circonstance, leur application peut
poser des questions :
1.l’indisponibilité du corps humain,
2.la non-commercialisation du vivant,
3.la dignité de la personne.
Il serait possible de montrer que les deux premiers principes présupposent toute une philosophie du corps, à laquelle l’Eglise ne peut que souscrire : celui-ci n’est pas une chose, pas une marchandise ; il participe à la dignité de la personne.
Les principaux points de divergence concernent le dernier des principes énoncés – non son contenu mais son domaine d’application. On peut être tenté de douter que le respect de la personne fasse norme lorsqu’une vie commence à peine, au stade de soixante quatre cellules, avant implantation ou lorsque les conditions empiriques d’expression et de bien-être de la personne semblent faire défaut. C’est la difficile question de la relation entre « vie » et « personne » qui est posée. Ici le point de vue religieux, biblique et chrétien notamment, devra se faire entendre. Il ne s’agit nullement de recourir à un argument d’autorité mais d’être réceptifs à une inspiration, laquelle pourra parfaitement se traduire en termes philosophiques, autrement dit raisonnables et raisonnés.
Le chrétien affirme que la personne humaine ne doit pas sa dignité seulement à ses facultés, à la mise en oeuvre de sa liberté, à sa dimension relationnelle. Il affirme que cette dignité tient à son être. Selon le Concile Vatican II, « l’homme est la seule créature que le créateur a voulue pour elle-même ». Il est difficile de nier que dès la fécondation, c’est une vie humaine nouvelle qui commence – autrement dit un nouvel être humain. Dès lors s’impose le respect de l’humanité dans cet embryon. Cette thèse n’est pas confessionnelle. A plusieurs reprises, le Comité Consultatif National d’Ethique l’a faite sienne. Ainsi, dans son avis n° 8 : « L’embryon humain dès la fécondation appartient à l’ordre de l’être et non de l’avoir, de la personne et non de la chose ou de l’animal. Il devrait être éthiquement considéré comme un sujet en puissance, comme une altérité dont on ne saurait disposer sans limite et dont la dignité assigne des bornes au pouvoir ou à la maîtrise d’autrui. ». On pourrait multiplier les citations de ce type.
Un courant de pensée très présent affirme souvent que l’appartenance de l’embryon tiendrait à son accueil par des personnes et par la société, tout particulièrement à travers le « projet parental ». Cela est partiellement vrai, mais ne saurait être érigé en principe absolu : il est hors de question de faire dépendre l’humanité d’un être d’un choix d’autres êtres humains ! Selon les termes de Jean-Paul II : « Il ne revient pas à l’homme de déterminer le seuil d’une humanité ».
Un autre point délicat sur lequel la parole catholique est prête à se faire entendre, non en tant que catholique mais en tant que soucieuse du bien commun, est la définition des structures de la famille. Dès lors que nous avons affaire à la filiation, nous touchons aux structures de parenté. Au nom du principe d’incarnation, c’est-à -dire d’unité de la personne humaine, l’Eglise ne se reconnaîtrait pas dans. une institutionnalisation de formes de vie familiales qui dissocieraient a priori les trois dimensions de la parenté : charnelle, éducative, sociale. Je souligne « a priori » : les circonstances de la vie peuvent dissocier ces trois dimensions - décès, abandon, adoption. Mais une institution qui prévoirait d’avance de dissocier naissance et filiation, ou de priver des milliers d’enfants de ce bien élémentaire d’avoir un père et une mère ne serait pas éthique- c’est-à -dire conforme au bien des personnes.
A cet égard, un seuil est franchi lorsque l’on passe de la simple fécondation in vitro au sein d’un couple conjugal (sans destruction d’embryons) à la gestation pour autrui, qui impliquerait ce processus relationnel infiniment riche qu’est la grossesse. Quant au don de gamètes, force est de reconnaître qu’il place devant des alternatives insolubles : anonymat ou non ? Outre le principe d’incarnation, c’est-à -dire d’unité de la personne, l’Eglise défend la primauté de l’intérêt de l’enfant : c’est du point de vue de celui-ci que les « nouveautés » doivent être évaluées, jugées. Quelle relation l’enfant aura-t-il à sa généalogie, à son histoire, à ses géniteurs ? Ici comme ailleurs, le principe-clé de la parole ecclésiale sera d’être, selon l’expression de l’abbé Pierre, la « voix des sans voix ».
L’auteur de cet article est Xavier Lacroix
Université catholique de Lyon
Membre du comité consultatif
national d’éthique
Auteur de l’ouvrage De chair et de parole. Fonder la famille (Bayard 2007)