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Notre rubrique "Sujet du mois" du prochain Côté Soleil aura pour thème :

Que mettre en oeuvre pour éduquer c’est-à -dire faire grandir, élever (on parle d’élève) ceux qui nous sont confiés ? Mon expérience est celle de responsable pédagogique d’un lycée professionnel et technologique industriel lyonnais c’est-à -dire d’un établissement qui, malgré sa réputation, accueille des élèves souvent en difficultés scolaires, parfois même « cassés » par le système éducatif : on ( ?) leur a fait comprendre tout au long de leur scolarité de collège qu’ils n’étaient pas "très bons" et qu’ils devraient se réorienter. Dieu merci, pour la plupart, le lycée professionnel et technologique correspond à un vrai besoin : celui d’une scolarité équilibrée entre l’intelligence abstraite et celle des mains. Qu’est-ce qui, dans ce contexte, m’apparaît important dans notre responsabilité éducative ?
Ce qui est premier, c’est le regard porté sur l’élève. P Meirieu dans sa conférence a évoqué le grand pédagogue polonais J Korczack : il faut relire le témoignage de son expérience dans son ouvrage "Comment aimer un enfant". Éduquer c’est d’abord faire confiance à celui qui m’est confié. Faire confiance, ce n’est ni être aveugle ni être démagogue ; c’est affirmer que tout homme, et a fortiori tout enfant, peut grandir, se développer, s’humaniser. C’est le principe d’éducabilité auquel P Meirieu est très attaché. Et que les expériences de chercheurs ont validé : ce que l’on appelle l’effet Pygmalion. L’expérience nous montre que les modalités d’apprentissages propres au lycée professionnel permettent à des élèves de "rebondir" et de retrouver du sens à leur formation.
Toute situation pédagogique est d’abord une relation éducative c’est-à dire relie un adulte qui a charge de "transmettre" et un sujet qui reçoit. Cette transmission, de connaissances, de techniques ou de valeurs est essentielle. L’enseignant doit être compétent dans sa discipline : c’est la base de son autorité. Mais ce qu’il transmet c’est davantage ce qu’il est que ce qu’il sait ou sait faire. C’est pourquoi l’adulte est, qu’il le veuille ou non, un exemple. L’exemplarité n’est pas la perfection : elle est une posture c’est-à -dire une manière d’être, de penser, d’entrer en relation avec les autres, de s’ouvrir au monde…
On parle souvent des difficultés de l’école tant le système scolaire est devenu le passage obligé vers la réussite professionnelle et sociale. Celles de la France sont sans doute d’abord les inégalités, comme la récente étude internationale PISA vient de le confirmer. C’est aussi la persistance d’un système d’enseignement encore très magistral c’est-à -dire adapté à une certaine catégorie d’élèves. Les savoirs dispensés par l’école ont souvent perdu leur "sens" pour beaucoup d’élèves. Et la transmission des savoirs ou des savoirs- faire est en crise lorsque ceux-ci se renouvellent si vite que ce que les adultes, professeurs ou parents, ont appris eux-mêmes est déjà "dépassé" ! Sans nier l’importance de la culture, faire grandir c’est faire accéder l’autre à l’autonomie c’est-à -dire à la capacité de se déterminer par lui-même. On parle d’apprendre à apprendre : et la formule a fait sourire ! Mais il s’agit bien de développer d’abord chez nos élèves la capacité d’adaptation : ce que l’on appelle "intelligence" ! D’autres diront apprendre à penser, savoir se débrouiller, comprendre et analyser une situation mais aussi être ouvert aux différentes formes de la culture (artistique et pourquoi pas religieuse…) et aux autres cultures.
L’école enfin, selon la belle formule de P Meirieu, est un lieu pour "faire la paix". C’est en effet un espace où des enfants, des adolescents se rencontrent sans s’être choisis : et il faut malgré cela travailler ensemble. Il y a donc là un formidable enjeu éducatif de reconnaissance des différences ! On met souvent en avant les tensions voire la violence à l’école : cela, hélas, se produit lorsque le rapport à la loi n’a pas été intégré voire compris par des élèves dont les difficultés scolaires et extra-scolaires sont considérables ! "Faire la paix" à l’école n’est pas facile dans une société certes ouverte à la mondialisation notamment par les nouveaux moyens de communication que connaissent bien les jeunes d’aujourd’hui mais aussi hélas dominée par la course à la consommation et l’esprit de concurrence. Le dialogue, l’argumentation, les actions collectives, l’apprentissage de la citoyenneté sont autant d’outils pour apprendre à ces élèves à construire un monde plus solidaire. Il faut là aussi que les éducateurs montrent le chemin en sortant un peu plus de leur classe pour travailler en équipe et participer à la vie de l’établissement.
Éducabilité, exemplarité, adaptation et solidarité : ces quelques mots me paraissent tracer des chemins pour tenter d’exercer au mieux notre responsabilité de "passeur". Des chemins parfois difficiles, escarpés, caillouteux lorsque l’on se heurte aux difficultés de l’élève ; mais aussi agréables parce qu’ils ont repris confiance en euxmêmes et trouvent leur place dans le monde.