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Notre rubrique "Sujet du mois" du prochain Côté Soleil aura pour thème :

L’étranger de passage, celui qui visite "notre beau pays", ou celui qui vient nous honorer de sa présence, car c’est un grand artiste, un homme illustre, se sent en général bien accueilli. Mais celui qui vient pour ne pas repartir, qui a quitté définitivement son pays, que ce soit pour des raisons économiques ou politiques, comment l’accueillons-nous ? Comment lui ressent-il cet accueil ? Qu’en est-il de cette immigration ?
La Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration qui a ouvert ses portes à Paris le 10 octobre dernier s’est donné pour mission de créer un lieu qui rend hommage à cette histoire de l’immigration.
Ce lieu est d’abord symbolique : il s’agit en effet de l’ancien Musée permanent des colonies qui cherchait alors à montrer "les bienfaits de la civilisation" et "une mise en valeur des apports réciproques des colonies et de la métropole". Puis, à partir de 1959, il devint le Musée des Arts Africains et Océaniens qui ferme ses portes en 2003. Entre temps un projet se dessine : consacrer un musée pour "valoriser l’immigration en lui faisant sa place dans la mémoire nationale".
C’est ainsi qu’en 2007 naît la Cité Nationale de l’Histoire de l’Immigration (aussi appelée CNHI). Le bâtiment abrite toujours une structure en rapport avec "ceux d’ailleurs", mais cette fois il s’agit des immigrés, pas seulement ceux venus des anciennes colonies, mais tous ceux, venus d’Europe, d’Asie, d’Afrique ou d’Amérique latine.
La Cité comporte des lieux d’exposition, une médiathèque, un auditorium, on peut y consulter des documents écrits, audio visuels, y assister à des conférences… Mais surtout elle propose une exposition permanente intitulée "Repères" qui retrace une histoire de l’immigration remontant à deux siècles, qui a touché des populations venant d’horizons différents et au cours de contextes historiques différents.
Une première partie un peu plus "scientifique" avec cartes présente les différents courants de migrations, et des données démographiques, donnant ainsi effectivement quelques repères.
La deuxième partie, la plus importante en surface, est plus centrée sur la vie même des immigrés que ce soit par des témoignages directs, objets, lettres, reportages vidéos, ou des oeuvres d’art (photos, peintures, sculptures), des reportages. Plusieurs thèmes sont ainsi abordés, le travail, les regroupements en "petites patries" (petite Italie, petite Pologne), les apports dans la vie quotidienne (tajins et woks sont désormais des ustensiles courants), les luttes, la vie de famille...
L’émotion qui se dégage de l’exposition est ce qui marque le plus pour une première visite. Un aspect sociologique et économique est traité mais il faut prendre le temps de le digérer.
Parmi les premiers visiteurs beaucoup ont été marqués par l’oeuvre de Barthélémy Toguo "Climbing Down" : une superposition de lits évoquant les chambres de foyers d’immigrés, accrochés à ces lits les gros sacs "Tati"…. Comment ne pas être touché aussi par le témoignage de ces jeunes filles rappelant à leur mère qu’elles sont nées en France et ne peuvent vivre comme "là -bas" ? Petites histoires du quotidien et luttes plus âpres. Le visiteur découvre ainsi des histoires personnelles, parfois dures, parfois comiques, qui disent l’accueil ou le rejet, la difficulté mais aussi la fierté et le bonheur de voir les enfants vivre ce que l’on avait espéré.
Comprendre pourquoi est-ce que l’on part, ce que cela coûte de se séparer de ses racines, mais aussi de ce que cela apporte d’arriver dans un nouveau pays, d’arriver à se réenraciner, voilà ce à quoi peut contribuer une telle exposition. Peut être pour le visiteur est-ce aussi l’occasion de s’interroger sur son propre enracinement et sur ses rapports avec ces "venus d’ailleurs" avec qui il construit un petit bout d’histoire, ces venus d’ailleurs, qui sont devenus nos voisins ?
Cité Nationale de l’immigration :
Palais de la porte dorée
293 avenue Daumesnil
75012 Paris