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7ème dimanche 18-19 février 2012 / Marc 2,1-12
4ème dimanche de l’Avent L’annonciation à Marie (17/18 décembre 2011)
2ème dimanche de l’Avent 4 décembre 2011
Fête de l’Assomption de la Vierge Marie 15 Août 2011
Matthieu 15, 21 – 28 14 Août 2011
Matthieu 14, 13 – 21 31 juillet 2011
Humour spirituel pour sourire et réfléchir.
Site de dessins humoristique ou didactique de Marie-Pierre et Patricia concernant les relations dans l’église et ses rapports avec la société actuelle.

Deux récits d’annonciation ont été retenus pour ce quatrième dimanche de l’Avent. Le premier est adressé au roi David par le prophète Nathan et le second est adressé à Marie par l’ange Gabriel. Ces deux récits mettent en valeur la continuité de l’amour de Dieu pour son peuple et pour l’humanité, un amour qui ne s’immobilise pas dans la construction d’un temple ou d’un mémorial mais qui porte en lui l’espérance de la vie.
Texte de 2 Samuel 7. (Je propose de garder le texte tel qu’il est dans la bible et non dans sa réduction liturgique !)
Soutenu par le prophète Nathan, le roi David fait le projet de construire un temple à Jérusalem pour que s’y déroule le culte rendu à Dieu. Mais ce projet d’un roi qui veut laisser ainsi une marque durable de sa puissance sur le sol n’est pas le projet de Dieu : pour Dieu, le projet est d’assurer une continuité vivante du peuple qui a reçu la promesse.
Chant de méditation : (si possible, un chant qui reprend le thème du psaume proposé, celui de l’amour qui assure la vie du peuple juif.)
Lecture du récit de l’Annonciation : Luc 1, 26 – 38.
Il est inutile de chercher dans ce récit la reconstitution d’un événement tel qu’il a pu se dérouler. L’auteur du récit n’a pas pour objectif une enquête policière ou judiciaire où on retourne avec le coupable présumé sur le lieu du crime. Le bénéfice du récit est à chercher ailleurs. Quelle parole y est dite sur Jésus, plus particulièrement sur son origine et sa mission.
.1. La découverte des éléments du texte.
Une indication de temps (sixième mois aux v. 26 et 36) relie ce récit à un autre récit qui concerne Elisabeth. Mais il n’y a aucun repère sur la durée de la rencontre entre Marie et le messager, ce qui invite à faire plus attention aux étapes que le récit franchit qu’à sa durée. De même pour les lieux : on ne sait que le nom de la petite ville où réside Marie.
Sur la scène, deux acteurs :
. L’un est déclaré ‘messager’ et son nom ‘Gabriel’. Ce nom a été explicité au v. 1,19 : ‘Je me tiens en face de Dieu’.
. L’autre est Marie. Son nom est accompagné de deux précisions :
vierge, le mot grec (parthenos) est traduit dans le dictionnaire : jeune fille, jeune femme non mariée, vierge, pure, intacte ;
promise, évocation de pratiques sociales en usage qui renvoie à la pratique actuelle des fiançailles.
Mais on doit être attentif aux multiples références à des personnages qui ne sont pas sur la scène : Dieu, Joseph (David et Jacob), l’être à naître fils de Marie et Fils du Très Haut, plus loin l’Esprit qui agit comme un acteur futur et permet de désigner l’enfant comme ‘fils de Dieu’, enfin Elisabeth enceinte de six mois. Pourquoi cette énumération ? Nous y viendrons dans la suite de l’étude du texte.
.2. Les étapes du récit.
La mise en scène est très simple : celui qui est en face de Dieu quitte ce lieu pour aller à la rencontre d’une femme qui est liée à un homme et, par lui, à toute une généalogie, une ‘maison’.
La position de Gabriel permet une adresse à cette destinataire. Un mot revient avec insistance : grâce sur toi, comblée de grâce, tu as trouvé grâce ; il désigne une attention particulière de l’auteur de la grâce, le Seigneur. Cette attention provoque, en Marie, un dialogue (le verbe traduit par ‘fait réflexion’ est ‘dialogidsomai’) qui l’emporte sur le trouble. Inutile de chercher à fixer une durée à cette conversation de Marie avec elle-même qui souligne qu’elle ne reste pas sous l’emprise du trouble. La salutation de Gabriel devient une annonce qui tourne Marie vers un futur proche et un futur lointain, puis vers une réalité qui n’aura pas de fin. A cette annonciation, Marie répond par une question où le verbe ‘connaître’ (‘gignoscô’) renvoie à l’expérience sexuelle explicitée dans le chapitre 4,1 de la Genèse. On note que le verbe est au présent et fait écho à sa situation de promise (1).
La réponse de Gabriel n’est pas une explication qui voudrait éliminer la réalité sexuelle ; cette réflexion de Gabriel fait davantage apparaître que la venue d’un être humain n’est pas constituée seulement de la réalité biologique (2). Elle introduit surtout la désignation de l’enfant à venir comme ‘fils de Dieu’. Cette naissance est reliée aussi à l’événement qui concerne Elisabeth, ancrage dans la réalité concrète d’une autre femme, d’un autre couple.
Cette situation, évoquée comme ‘puissance’ ou ‘possible’ de Dieu, ne fait pas l’impasse sur le consentement.
.3. Les trois dimensions de la filiation.
La lecture du récit ne nous oblige pas à rester dans la stupeur devant le miracle. Elle nous fait prendre en considération que la filiation humaine est le fruit de trois composantes mises en valeur par trois personnages : Marie, Joseph et l’Esprit.
Il y a la composante biologique qui est portée ici par le personnage central : Marie. Les connaissances biologiques actuelles (qui ne sont pas celles du temps des rédacteurs des évangiles) peuvent souligner qu’un être humain né seulement d’une femme ne pourrait être … qu’une femme munie des chromosomes XX et non des chromosomes masculins XY. En tout cas, il n’est pas possible de ‘se passer’ d’une femme, d’une mère pour que se réalise cette incarnation, cette réalisation dans la chair.
Il y a la filiation sociale mise en valeur par la lignée familiale dans laquelle cet enfant qui survient est reconnu : sa généalogie, par Joseph, remonte jusqu’à David et il est proclamé héritier même de la maison de Jacob. Le petit d’homme, pour devenir humain, doit être inscrit dans une lignée qui ne coïncide pas nécessairement avec les réalités biologiques. Il s’agit d’une filiation adoptive. On sait mieux aujourd’hui que l’enfant naturel comme l’enfant adopté doit être inscrit dans cette réalité sociale.
Il y a enfin une composante de la filiation qui n’est pas saisie par les deux précédentes : une filiation ‘divine’. N’est-ce pas une telle composante de filiation qui se manifeste aussi quand les parents choisissent le texte de Kalil Gibran : « Vos enfants ne sont pas vos enfants ». Ils ne sont pas un produit dont les parents seraient producteurs et propriétaires, mais ils sont accueillis aussi comme un don : une existence nouvelle qui échappe à la main mise sur elle. C’est là l’action de l’Esprit saint qui ‘viendra sur toi’.
L’expression de ces trois composantes de la filiation permet de ne pas en rester à une lecture fascinée par le miraculeux mais d’y lire la prise en considération de ce qui constitue l’humanité des êtres humaine.
.4. La virginité, disponibilité ou sauvegarde de l’intégrité ?
Il y a probablement deux manières, au moins, d’envisager la virginité.
. Quand la sexualité est perçue comme violence ou comme source essentielle du péché, l’observation de la virginité est découverte comme un moyen de défense et de protection : il faut sauvegarder son intégrité comme si la vie humaine était, à l’origine, un tout parfait qu’il ne faut pas briser. Or la rencontre d’un autre et des autres est toujours le risque de n’être plus le même, avant et après la rencontre. Se laisser toucher, se laisser transformer, accepter la mise en question de l’image idéale de soi.
. Par contre la virginité peut dire : je suis disponible. S’il y a un avenir, même s’il doit bouleverser ma vie, je suis prêt à y entrer. Dans le texte lu, il est facile de saisir la disponibilité que Marie manifeste. Françoise Dolto a su développer cette perspective en soulignant que cette disponibilité n’est pas seulement l’affaire d’un moment dès lors que l’être appelé à la vie n’est pas réductible à son seul poids de chair. « Pour la femme vierge, pour l’homme vierge, la parole devient plus importante que la chair. Ici, la parole de Dieu est plus importante que la chair. C’est pour cela, me semble-t-il, que l’Eglise veut que Marie soit vierge avant et après l’accouchement, comme si elle avait accouché d’une parole – comme si c’était une parole, la Parole de Dieu, le Verbe, qui était sortie d’elle, et non une masse charnelle qui aurait jailli dans l’espace à travers son corps charnel de génitrice. » (Françoise Dolto o.c. p 27)
.5. Puissance de Dieu et consentement humain.
Le récit étudié se termine sur cette mise en place de ces deux démarches. Avec Elisabeth, Dieu avait dépassé les limites ordinaires de la conception car elle avait passé l’âge d’attendre un enfant ; ici il devance les limites sociales (légales ?) puisque Marie n’est pas encore dans son foyer d’épouse reconnue. Dieu n’est pas prisonnier des limites de la nature et de la culture.
Et cependant cette ‘toute puissance’ est affrontée au consentement. Sœur Jeanne d’Arc précise, en note de sa traduction, que le mot servante est le mot ‘doulè’ qui désigne habituellement la femme esclave ; mais cette désignation est corrigée par le verbe qui suit : ‘Qu’il m’advienne selon ton mot’ : il y a une parole de Marie qui est une parole non de soumission aveugle ou servile, mais un ‘acquiescement’, un acte de liberté.
(1) Dominique Cerbelaud Marie, un parcours dogmatique Ed. cerf 2003 p. 20. Ce livre reconstitue le développement de l’expression dogmatique sur Marie, depuis les évangiles jusqu’à nos jours. Contesté par les autorités romaines, ce livre n’a rien perdu de sa pertinence !
(2) Françoise Dolto, L’Evangile au risque de la psychanalyse, tome 1, page 23 et suivantes (coll. Point 1977)
L’homélie ne développera pas tous les éléments de ce commentaire ! Celui-ci est mis ici pour la réflexion ‘à la maison’ !
Pour l’homélie :
Une parole qui vient de Dieu. Cette parole n’est pas pour perturber (« sois sans crainte ») mais pour faire surgir un avenir qui dépasse tout rêve humain et qui réalise un lien de plus en plus fort qui peut se tisser entre Dieu et les humains.
La virginité de Marie n’est pas à entendre comme une réalité physique ou biologique mais comme une réalité symbolique :
Elle dit l’espace disponible d’un être humain pour ‘recevoir’ une parole transformatrice. C’est la ‘contre-figure’ du projet de David : David voulait construire un temple, un ‘immeuble’ capable de défier le temps, mais Dieu suscite une personne vivante.
C’est aussi l’expression de la relation privilégiée de Marie et de Dieu, relation qui n’est pas mise à mal par une relation avec un être humain masculin (cf. J. Moingt : ‘L’homme qui venait de Dieu’, ed. du Cerf 1993).
C’est une naissance charnelle d’un homme qui a un statut particulier : il est ‘fils’ de Dieu, ‘verbe’ de Dieu.
Et le premier fruit de cet avènement est la rencontre annoncée entre Marie et Elisabeth, nommé ‘la stérile’, cette rencontre qui donne à Elisabeth de sortir de sa honte et du repli sur ce qui lui arrive. Si parfois l’avenir est perçu comme sombre et inquiétant, voilà que la parole et le geste de Dieu l’annonce dans sa fécondité.